24 ans après «l’aube démocratique»
De congrès en congrès, l’opinion nationale découvre
les nouveaux contours de la scène politique. Elle
sera aussi éclectique que celle qu’on avait vue au
lendemain de l’ouverture démocratique en 1988. Cette
même opinion aura eu le temps de constater depuis
que l’on rediscute politique en Algérie, qu’aucun
leader ne veut céder d’un pouce de ce qu’il pense
être ses chances de succès. En d’autres termes,
après plusieurs mois de discours et de rencontres
partisanes, aucun pôle n’émerge. Le seul petit
conglomérat de partis politique, à savoir l’Alliance
présidentielle a éclaté.
Pourrait-on dire pour autant que la scène nationale
présente les mêmes tares qu’elle avait à «l’aube
démocratique» ? Assurément pas. Deux variantes ont
sensiblement évolué en 24 ans. Aujourd’hui, il
n’existe pas un parti dominant susceptible de rafler
la mise. Ensuite, l’opinion publique qui en a vu des
vertes et des pas mûres durant ces deux décennies, a
un regard autrement plus mature sur sa classe
politique. Les Algériens connaissent maintenant très
bien les pratiques politiciennes, les achats de
voix, les usages pas très nets que font certains
élus de leurs mandats. Ils ont largement constaté
que pour s’assurer une distribution correcte d’un
quota de logements sociaux, la seule règle que leurs
élus respectent est l’émeute.
Aujourd’hui, les électeurs ne sont pas dupes. Ils
savent très bien ce qui trotte dans les têtes des
politiciens de tous bords. Ils imaginent déjà
l’après-scrutin. Ils devinent où iront les chefs de
partis et leurs élus. Ils savent qu’après novembre
2012, date des élections locales, on n’entendra
parler de personne parmi cette faune de politiciens.
Cet état de fait n’encourage pas les citoyens à
participer à l’opération électorale. Aussi, s’il y a
boycott, les partis politiques qui ont reconduit les
mêmes réflexes qu’en 1988, en porteront la
responsabilité. Mais d’un autre côté, l’on sent le
début d’une prise de conscience des Algériens quant
à l’importance de ces élections non pas pour un
meilleur fonctionnement des institutions élues, mais
pour des raisons liées à l’actualité dans le monde
arabe. Seul ce facteur peut doper la mobilisation
des électeurs et certainement pas tous ces «partillons»
qui font du surplace.
Par Smaïl Daoudi