19 mars 1962 – 19 mars 2010
Ait Yahia Moussa se souvient de son fils et de tous les
héros du pays.
Le 19 mars 1962
sur la terre d’Algérie, gorgée du sang de ses enfants,
s’éteignait la fureur des hommes. Le pays allait entrer avec
les honneurs dans le concert des nations. L’Algérie, qui
revenait de loin, a su, lors de son combat libérateur,
susciter le respect de tous y compris des grandes nations.
L’encre de la signature des accords d’Evian, à peine séchée,
que voici sorties dans les villes et les villages de
l’Algérie profonde les foules ivres de joie. Certes alors
Alger, Oran et d’autres grandes villes du pays ployaient
encore sous le joug exécrable et sanguinaire des criminels
de l’OAS, mais le pays a décidé de tourner la page et
d’ouvrir une autre plus dure et plus ardue, celle de la
reconstruction nationale.
En ce jour anniversaire de la fête de la victoire, il est
bon de s’arrêter un moment pour rendre l’hommage mérité à
ces centaines de milliers de combattants héroïques et/ ou
anonymes, ceux-là qui ont sacrifié leurs vies pour que
l’Algérie accède enfin à la vie internationale pleine et
entière. Le 19 mars permet aussi de se ressouvenir des
signataires des accords d’Evian dont le regretté chahid Krim
Belkacem, chef de la délégation du GPRA à Evian. En dehors
de ce qui peut diviser les Algériens, et les sujets semblent
nombreux, il y a une chose qui doit nous unir: le respect de
ces êtres de lumière qui ont donné leurs vies pour la
patrie.
Hier, à Ait Yahia Moussa, le village d’origine de Krim
Belkacem et notamment dans le musée qui porte son nom, la
foule était là. Les pensées de tout un chacun et
principalement des rescapées de la lutte libératrice étaient
à travers monts et vaux là où leurs camarades étaient tombés
sous les balles assassines des hordes coloniales. Des
allocutions furent prononcées, des gerbes de fleurs furent
déposées mais l’essentiel était ailleurs. L’essentiel c’est
ce que disaient ces petites gens qui ont croisé le chemin de
Krim, le Lion des Djebels.
Des paroles sages et aussi vraies que sincères saluèrent la
mémoire de celui qui n’est plus. Les jeunes, qui ne
connaissent de Krim que certaines facettes, écoutaient avec
avidité les plus âgés parler de celui qui fut un véritable
héros national de son vivant. Dans la foule, on rappela que
face à Louis Joxe, le chef de la délégation française à
Evian et qui pinaillait pour introduire une phrase sur le
Sahara, disait à Krim ‘’ Vous pouvez signer car je vous
promets que cette phrase est anodine, et vous pouvez me
croire puisque je suis tout de même professeur de
français.’’ Devant ces termes, que Krim suspectait d’être
des mots retors, ce dernier eut la réponse qui désarçonna
Louis Joxe ‘’ Vous savez ce que je ne comprends pas n’est
pas du français.’’ Krim est mort mais a laissé une grande
place par son parcours brillant tant dans les maquis que
dans sa vie de responsable à l’extérieur. Et cette pirouette
est restée comme un résumé de ce que fut le lion des
Djebels.
Kamel Soltani