lundi , 20 janvier 2020

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2018, QUITTE OU DOUBLE

Parfois, les statistiques économiques en réel et les projections se conjuguent. Parfois des décisions spectaculaires pour restaurer la rigueur, s’écartent subitement au profit d’autres alternatives. Parfois encore, un gouvernement livre des vocalises de chiffres à vous injecter l’angoisse pour toujours, avant de revenir à des discours plus apaisants. Les Algériens sont devenus familiers des mesures drastiques d’un jour, revues et corrigées un peu plus tard. Le solfège de la gestion de crise rappelle celui d’une valse à mille temps. Une spécialité gastronomique inéluctable des célébrations de chaque nouvelle année.
L’enchaînement des ordres et contre ordres qui aura rythmé le commerce extérieur avec les deux derniers exécutifs signifie-t-il que nos décideurs naviguent à vue d’œil ? Tout le monde peut être qualifié de champion par affirmation d’urgence. Mais c’est dans les résultats durables qui émergent des solutions préconisées sur l’autel de l’anticipation et de la prospective que se cimentent les politiques à succès. Depuis 2014, les parades dressées contre les laves d’un volcan nommé «fonte des prix du pétrole et baisse des ressources financières», se sont avérées perméables. Sinon, comment justifier que le déficit rampant et inquiétant du commerce extérieur flirte aujourd’hui avec les 20 milliards de dollars ? Experts et politiques locaux ou internationaux s’accordent à dénoncer cette tendance à gérer par mesures transitoires et ponctuelles, du reste vite oubliées. Le recours en aller-retour au régime des licences, illustre parfaitement l’absence de continuité, voire d’assurance dans la perception et la profondeur des ouragans économiques qui nous menacent. L’ancien directeur du commerce extérieur, Mouloud Hédir, ex-négociateur pour l’accession de l’Algérie à l’OMC, accuse par exemple «l’instabilité législative» d’être derrière les atermoiements des exécutifs dans leurs positions face à la permanence de la crise. Et c’est vrai qu’à titre de repères, la question des licences d’importations, une fois abandonnées, puis revenues d’actualité pour ensuite remisées dans les placards, celle des 900 produits désormais bannis du registre d’importation, l’autorisation à réimporter des modèles accordée à certaines écuries automobiles engagées dans le montage de véhicules en Algérie et enfin le report de certaines mesures annoncées après l’échéance 2019, diffusent une inconfortable sensation de doute. L’information livrée par le ministre des Finances relative à la baisse des réserves de change, 97 milliards de dollars avant les feux d’artifices de 2018, ainsi que l’échéance électorale de 2019, justifieraient donc le revirement du Premier ministre à mettre en œuvre certaines dispositions susceptibles de froisser l’ensemble des acteurs économiques. Voire même la rue.
Autre motif d’interrogations dans l’environnement économique national, le manque d’informations sur le volume des besoins de financements de l’Etat. Les experts savent seulement que cette enveloppe avait baissé de 570 à 500 milliards de dinars pour l’exercice 2017. Quant au déficit réel de l’année qui vient de s’estomper, rien de bien précis. On retiendra seulement que le Premier ministre exprime ses préoccupations sur les finances publiques. Une attitude déjà affichée par Ahmed Ouyahia, lorsqu’il avait déclaré en septembre, «que les caisses de l’Etat sont vides», d’où l’impératif aujourd’hui «d’un financement monétaire de ce déficit du budget de l’Etat». Ajoutons, que pour 2018, la tendance pour les dépenses publiques parle d’une augmentation de 25%. Une nature qui prend de cours l’ensemble des prévisionnistes. On comprend que le financement non conventionnel, se soit imposé dans tous les esprits.
Pour ou contre ? L’Algérie ne se trouve même plus dans la position d’y réfléchir. Dans notre contexte, il s’agit du seul moyen pour le pays de continuer d’avancer, d’éviter un arrêt dramatique de notre développement économique et social. Désormais, il s’agit à nouveau de nous reposer la question: Comment sommes-nous en arriver à ce stade. Le choix d’une approche géopolitique, peut-être ?

Par Fayçal Haffaf