vendredi , 21 février 2020

A quoi servent nos députés ?

A Oran, la débâcle du parti RND aux dernières législatives, prévisible pour quelques rares observateurs, a étonné et surpris une opinion publique, persuadée du triomphe partagé par les deux ténors de la scène politique FLN et RND. Hier, au «café des lamentations» du centre-ville, beaucoup s’interrogeaient encore sur les raisons de cet «échec éclatant» d’un parti politique adoubé pourtant, par les sphères influentes du Pouvoir. Avec en tête de liste, un ministre de la République, ancien maire d’Oran et un sénateur chargé de diriger la campagne, le RND local, n’a pas été en mesure d’atteindre le score escompté et proclamé avant l’heure par les militants, tout au long d’une campagne en demi teinte, où les slogans et les tâtonnements étaient plus forts que les convictions. Sur les 18 sièges disponibles, seuls deux furent arrachés, allant à l’ancien ministre et à une députée, loin, très loin derrière le FLN qui avec ses 15 députés élus, a raflé presque la totalité des sièges. Faut-il conclure, pour autant, qu’Oran serait devenue «la ville du FLN», comme s’empressent de le dire, certains acteurs ravis par ce surprenant résultat ? En réalité, c’est plutôt le désintéressement et le désenchantement des Oranais électeurs, qui a conduit à ce résultat. Le parti FLN, qui compte on le sait, le plus grand nombre d’adhérents et de militants, toutes tendances et tous clans confondus, ne pouvait que profiter des abstentions massives, face à des partis peu implantés, au sein des classes populaires. Et il faut admettre, que le vieux parti historique a bénéficié des vieux réflexes de vote, pour les plus puissants du moment. Dans les quartiers populaires et les grandes zones d’habitat, dans les bidonvilles et les nouvelles cités, affectées aux familles relogées, le sigle historique «FLN» ne pouvait être dissocié, des efforts et des initiatives engagées depuis ces cinq dernières années par l’Etat, pour notamment éradiquer l’habitat précaire et résoudre le dossier du vieux bâti qui s’effrite un peu partout à Oran. Pour bon nombre de familles modestes, pour qui le «politique» se conjugue à leurs seules préoccupations quotidiennes, voter FLN c’est voter Bouteflika. Voter FLN, serait même voter pour le Wali d’Oran. Voter FLN serait voter, pour une certaine continuité rassurante, «El moualfa khir min et’talfa…». Un adage populaire, qui prend encore plus de sens, quand les propositions et offres de changement, ne reposent sur aucun projet, aucune alternative claire et crédible. Certains acteurs, le RND en tête, ont eu tort de croire, que leurs médiocres tâtonnements et agitations durant la campagne électorale, allaient permettre un grand succès de leur liste de candidats. Une liste concoctée dans on ne sait quelle antichambre opaque, loin des réalités d’un terrain et d’une opinion locale qui sait fort bien déceler les inepties des uns, l’opportunisme aveugle des autres et la verve démagogique partagée, érigée en pratique détestable, dans bon nombre de sphères oranaises, en panne de cohésion et de débat serein et fructueux, sur l’avenir collectif. Au final, les Oranais se demanderont encore, à quoi servent leurs députés…

Par S.Benali