samedi , 23 novembre 2019

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Algérie – Tunisie, une nouvelle ère avec Saied Kais ?

C’ est sans doute un coup de chance, mais il intervient opportunément. Un vrai tournant dans l’histoire des relations algéro-tunisiennes. Kaïs SaÏed l’avait proclamé bien avant son triomphe aux élections présidentielles: «l’Algérie sera ma première destination officielle si je suis élu». S’engageant à «développer les liens privilégiés avec l’Algérie». Mieux, ses déclarations sur l’aune de son nouveau statut tranchent avec les règles symboliques de la diplomatie et de la courtoisie. Sinon, comment interpréter ses «salutations du plus profond du cœur à l’adresse du peuple algérien» ?
On retiendra qu’avant d’arpenter le perron du Palais de Carthage, Kaïs SaÏed a choisi d’abord de conforter les passerelles historiques et sociales jetées dès les années 50 par la lutte de libération nationale. Vainqueur incontesté des suffrages exprimés avec 72,5%, ce juriste constitutionnel de 61 ans, ne doit son triomphe à aucune structure partisane, mais seulement par les jeunes, le peuple, une réplique sismique de notre Hirak. 37% des jeunes ont soutenu SaÏed Kaïs, dont une majorité pour contrer le parti islamique d’En Nahda. Vote utile ou pas, les Tunisiens ont compris la nécessité d’en découdre avec la mise en place d’un président de la République et d’une nouvelle force administrative que les urgences économiques et sécuritaires imposent. «Tous corrompus», tel fut son slogan. En somme, cette expression qui a historiquement motivé la Révolution pacifique des Algériens.
Dans sa version probablement inspirée de nos événements politiques, des médias rapportent que Saied Kais a usé de la rhétorique du «le peuple veut». Dans son programme, l’élu de la jeunesse qui prêtera serment le 30 octobre prochain, entend «revenir sur d’autres valeurs intériorisées par la majorité».
En première lecture, cette plateforme paraît vague. Mais le juriste que la presse occidentale lui attribue un «masque sévère», se présente au monde comme un futur Chef d’Etat assuré et convaincu d’une cohabitation entre une démocratie directe et un conservatisme moral et religieux. Sans doute faut-il patienter pour que l’heureux élu prenne connaissance de l’état des lieux, de ses priorités et de ses capacités politiques et de son envergure pour gérer un pays qui n’a jamais atteint le développement que ses atouts promettaient.
Les observateurs estimeront rapidement la justesse désespérée de son action pour un pays émaillé d’errances économiques et sociales. En insistant sur les premières décisions, ses influences, ses options, les Tunisiens et leurs voisins percevront la sérénité de glace de l’heureux élu. Dans ce registre, les déclarations de Saied Kais sur les relations stratégiques entre l’Algérie et la Tunisie, s’ouvrent sur une ère nouvelle. Même si les échanges économiques entre nos deux pays ne pèsent pas lourd.
Ces transactions n’excèdent pas le seuil insignifiant de 2% de notre balance commerciale, alors que de réels facteurs permettent de dynamiser les coopérations bilatérales, dont la proximité, la libre circulation entre les deux pays et les affinités ancestrales entre Algériens et Tunisiens. Malgré la présence d’environ 150 PME tunisiennes en Algérie, la part de marché de nos voisins parvient difficilement à atteindre les 0,8%. En 2016, les exportations tunisiennes vers Alger se chiffraient à 1426,1 dinars. Insignifiant, même si ce volume avait bondi de 117%. A l’opposé, les exportations algériennes vers Tunis, avaient été nettement plus conséquentes, soit 95% plus importantes que ce que rapportaient les importations tunisiennes. Simplement parce que les produits algériens sont constitués d’huile de pétrole et de gaz. Les opérateurs économiques activant dans notre pays, relèvent majoritairement du secteur des services, dont le tourisme. Ils en tirent des gains substantiels, sachant que le marché algérien leur assure des profits exceptionnels en moment de crises et chute drastique des fréquentations internationales. Globalement, aucune convention facilitations des échanges commerciaux n’existe entre Alger et Tunis. L’installation d’une banque algérienne en Tunisie et vice versa, contribuera à doper les transactions économiques entre l’Algérie et la Tunisie, notamment à encourager l’investissement de part et d’autre. Les opportunités d’affaires ne manquent pas. Ainsi, les échanges économiques d’un côté comme de l’autre, relèvent plus de l’émotionnel et de la fraternité que du business à proprement dit. Bref, entre le nouveau président tunisien qui s’est déclaré disponible, et son futur vis-à-vis algérien, un énorme chantier bilatéral les attend, et sur tous les plans.
 En attendant donc de peser les premières grandes instructions de Saied Kais, il importe d’insister sur le fait que le Président tunisien a été porté par le peuple, via une participation massive, dans la transparence et l’implication générale. Un exemple, qui du reste, prend valeur d’espoir pour le ralliement et le succès des présidentielles algériennes du 12 décembre prochain.
Par Fayçal Haffaf