lundi , 17 décembre 2018

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Au-delà du regard hypocrite

L’Algérie compte 12000 cas de sidéens répertoriés officiellement. C’est peu, c’est beaucoup, là n’est pas la question. Il faut juste relever qu’aujourd’hui les autorités publiques communiquent sans tabou sur cette maladie. Car, il faut se rappeler que ceci n’a pas été toujours le cas. Au début de l’apparition du Sida, on préférait plutôt dire que cette maladie ne touchait que «les sociétés dépravées».
Les choses ont, depuis, bien évolué et tout un travail de fond et de sensibilisation est engagé par le ministère de la Santé pour pousser les gens à effectuer les tests de dépistage et connaître leur statut. Bine sûr, il reste que dans la société, le sujet est encore tabou et le regard envers les sidéens n’a pas beaucoup évolué. Puisqu’on parle encore d’un châtiment divin pour ceux qui ont eu une vie de dépravés et de jouissance.
Il faut dire que le regard hypocrite que l’on a envers notre société est un frein certain pour lutter contre la propagation de cette maladie, alors que dans le monde entier, on encourage les gens à se protéger lors de l’acte sexuel et que l’on multiplie les lieux de vente des préservatifs, chez nous on préfère la posture de l’autruche et éviter le regard des autres quand on en demande chez le pharmacien ou autre.
Cette hypocrisie générale ne fait en réalité que rendre la situation plus compliquée et participe à la propagation du virus. Mais alors quand est-ce que nous finirons par comprendre que nous sommes une société comme les autres, que nous n’avons rien de saints, et que nous sommes portés par les pulsions de tout être humain qu’il soit arabe ou occidental. Pouvons-nous continuer à nous mentir au risque de voir la situation s’empirer encore davantage. Ce sont-là autant de points que nous devons avoir le courage d’assumer et de reconnaître si nous voulons que cette maladie régresse.
Cette fuite en avant générale, ce refus obstiné de regarder les choses en face, cette hypocrisie nationale, fait qu’en fin de parcours les malades atteins du VIH/sida, sont regardés comme des pestiférés et se cachent pour mourir, sans aucune compassion de leurs semblables qui n’ont aucune humanité pour eux. Pour beaucoup, ils n’ont eu que ce qu’ils méritaient, car, la main de Dieu a frappé. Sauf que l’on oublie une chose centrale. Le Sida ne tue plus comme avant et si la maladie est prise en charge à temps, l’espérance de vie des sidéens est pratiquement normale. Car, le Sida n’est rien d’autre qu’une maladie et non un châtiment divin.

Par Abdelmadjid Blidi