mercredi , 11 décembre 2019

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Avec Tebboune, le commerce enfin dompté ?

«Toutes les entreprises dont nous pouvons parler, se réduisent à une seule chose: celle de faire l’histoire». Avec cette pertinente réflexion, Jean Paul Sartre voulait-il déjà rendre hommage à Abdelmadjid Tebboune pour sa récente et courageuse oeuvre de nettoyage du commerce algérien ? En tous les cas, l’ancien ministre par intérim de ce département se reconnaît magnifiquement dans la citation de l’auteur existentialiste du livre encyclopédique «La Nausée». En héritant, au mois de janvier 2017, de ce secteur du commerce qui distillait cette désagréable sensation de n’avoir jamais été maitrisé par ses locataires successifs, l’actuel Premier ministre Tebboune, opérait déjà sous pression avec le névralgique et sensible registre de l’habitat et du logement, ainsi du reste que du gigantesque projet de la grande Mosquée d’Alger. A cheval entre les deux ministères, l’ex-wali de Tiaret a rapidement constaté l’énormité des urgences qu’i l fallait attaquer. Celles d’un secteur marqué du fer rouge des pratiques déloyales, de la surenchère et de l’impuissance étatique face aux lobbies éternels, imposant mains basses sur presque l’ensemble de ses rouages. Dans les ports et nonobstant la conjoncture économique compliquée, les importations faisaient rage, produits absolument pas nécessaires à la clé. Dans la rue, les prix des mercuriales flambaient, avec des seuils méprisants toutes la société algérienne, tel le kilogramme de pommes de terre à 100 dinars, 180 dinars le kg de tomates, l’oignon et l’ail alignés sur les fourchettes des viandes blanches, des fruits proposés, toute honte bue, entre 500 et 1000 dinars. Et même des produits subventionnés par l’Etat valsant entre 75% et le double de leurs prix officiel ! Abdelmadjid Tebboune reconnaissait même la «faiblesse» des moyens disponibles pour lutter contre la spéculation de l’activité commerciale en Algérie.

Le temps d’un regard et d’un conclave avec son administration centrale, Abdelmadjid Tebboune est alors rentré droit dans la bataille. Sur le front des importations d’abord dont «l’Algérie est un déversoir» tonna-t-il. Tout en pilotant des opérations en externe contre «les parasites de l’importation anarchique ». Et parallèlement en interne, il sonna la charge contre les spéculateurs locaux de tous bords et les déstabilisateurs des cours pour les marchés de fruits et légumes, menace les commerçants récalcitrants de sanctions «maximales », particulièrement les spécialistes du monopole et des stockages abusifs générateurs de pénuries. Et par effets naturels, d’explosion des prix. L’exemple de cet opérateur véreux de Ain Defla stockant la bagatelle de 21.OOO tonnes de tubercules dans d’immenses chambres froides afin de maintenir le prix de ce légume de base à 100 dinars le kg, demeurera à jamais choquante. Plus grave, ce type de bandits a fleuri ces dernières générations, fomentant des réseaux et des satellites insoupçonnés qui suppuraient l’atmosphère ambiante dans la société. En face, l’administration compétente demeurait désarmée, expliquant ainsi l’émergence de réseaux de hors la loi dans l’univers pervers du commerce. Edifiant, sur les valeurs morales de commerçants qui poignardent les citoyens avec le sourire de ponce Pilate. Et tant qu’ils ne sont pas déterrés. A l’image, entre autre, de responsables d’une unité de production de ciment que je ne nommerais pas par décence, simulant une panne technique pour arrêter la production et faire ainsi bondir les prix de ce matériau de construction. Ces histoires illustrent parfaitement les vieux comportements de dérégulation des circuits commerciaux, à des fins sordides d’enrichissement express. Il s’agit bien évidemment d’une atteinte à l’économie du pays, voire une dangereuse tentative de déstabilisation contre les impératifs de protection des citoyens. Les nouveaux modes opératoires de contrôle, de vigilance et de fermeté mis en branle par celui qui, depuis le 24 mai dernier, accédait à la primature du gouvernement, révèlent l’ampleur des dégâts accumulés durant de très longues années.

Aujourd’hui, les temps ont changé. L’abondance, la fraîcheur et les prix des fruits et légumes rappellent leurs niveaux des années 90. Ajouté à des circonstances extrêmement favorables d’une saison agricole juteuse, les étalages rayonnent, débordent en quantité et en qualité. C’est un paysage des temps passés qui s’invite en ce Ramadhan béni, qui apaise et éclaire les mines des citoyens, les rassure et les confortent en la crédibilité des pouvoirs publics de les protéger contre les lobbies rampants. Sur sa lancée et paré du costume de Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune innove en impliquant les citoyens à démasquer les commerçants sans scrupules. Pour la première fois, le ministère du Commerce lance un numéro vert, le «1020», par lequel les citoyens pourront signaler les dépassements commis par les étalages et les magasins proposant tous les produits de large consommation. Même les pratiques portant atteinte à la santé des consommateurs devront être communiquées aux préposés qui répondront aux appels du désormais tout nouveau et utile «1020». Un standard qui, s’il est très bien utilisé, deviendrait l’arme pilote des consommateurs pour éradiquer les comportements louches des commerçants, abattre la spéculation, préserver la conformité des marchandises exposées et réprimer les fraudes. En un mot comme en mille, les premiers contrôleurs des prix et de la qualité de nos produits commercés sont vous, Mesdames et Messieurs, et moi-même. Alors que dans les passés récents, certaines bonnes âmes glosaient sur l’incapacité des gouvernements à éteindre les flambées des prix des produits de première nécessité, le nouvel exécutif de Abdelmadjid Tebboune vient d’adopter une batterie de mesures pour contenir les potentielles flambées de prix et prévenir les déréglementations du marché. Le chef du gouvernement s’est engagé que pour chaque appel fondé, «une équipe de contrôle mobilisée à cet effet, interviendra immédiatement sur les lieux incriminés pour dresser un procès verbal, procéder à la fermeture du local ou soumettre le dossier à la justice».

Mieux vaut tard que jamais. On retiendra que pendant sous d’autres cieux, exactement au Salon mondial des nouvelles technologies télévisuelles de Las Vegas, les géants américains, asiatiques et européens des écrans fins comme du papier fin se sont positionnés sur des thèmes phares comme les robots ou l’intelligence artificielle, nous en sommes encore à démasquer les fraudeurs et les spéculateurs dans nos marchés populaires.

Par Fayçal Haffaf