jeudi , 21 novembre 2019
<span style='text-decoration: underline;'>Si Oran m’était contée</span>:<br><span style='color:red;'>Bedra, la fille du Bey Boukabous</span>
© illustation

Si Oran m’était contée:
Bedra, la fille du Bey Boukabous

L’histoire de la ville d’Oran, fondée en 902 par des marins andalous, alliés à des tribus locales, est riche en événements et anecdotes mémorisées dans des récits fabuleux datant des périodes d’occupation successives des espagnols, ottomans et français. Les vieux oranais se plaisent à revenir sur ce passé dans des discussions qui regroupent quelques rares initiés dans des lieux que seuls eux connaissent. Bien en retrait des bruits de cette grouillante cité qui ne livre ses secrets qu’à ceux et celles qui lui vouent un amour passionnant.
Parfois ces anecdotes se situent bien après la libération d’Oran de l’occupation espagnole en 1792, par les combattants des forces algéro-ottomanes, dirigée par Bey Mohamed Ben Othmane. Plus connu sous le nom de Bey Mohamed El-Kebir, ou Bey Lakehal, à cause de son teint basané, étant de descendance Kouloughlie. Cette histoire se situe juste avant l’arrivée du corps expéditionnaire français en 1831, à 0ran, à l’époque où le représentant de la Régence d’Alger, le bey Hassan siégeait dans la capitale du beylicat de l’Ouest. Il avait épousé la fille d’un ancien dignitaire d’Oran, Mohammed Er-Rekid, plus connu sous le sobriquet « Bey Boukabous ».
C’est pour elle et ses merveilleux souvenirs que ces anciens se réunissent pour entamer ces histoires palpitantes. Elle, c’est la ravissante Bedra dont la réputation dépassait les murs d’enceinte du Palais de « Bordj Lahmar », Chateau Neuf pour les Français et que les Espagnols appelaient « Rosalcazar ». Ce palais est une magnifique demeure qui a toujours constitué le lieu de résidence aux gouverneurs espagnols et représentants de la Sublime Porte. Le seul témoignage sur la personnalité de cette créature de rêve est rapporté par l’historien Walsin-Esterhazy. Il parle ainsi de cette dame : « Elle avait hérité du caractère altier et intraitable de son père et était redoutée, à l’excès de son mari, Bey Hassan. Bedra était parvenue à conquérir son indépendance dans un pays où la femme était réduite au statut d’esclave. Elle marchait toujours, dit-on, avec un yataghan, une sorte de dague à la lame recourbée, en or ciselé et une paire de pistolets accrochés à la ceinture. »
On la suivait toujours du regard lorsqu’elle sortait du pavillon bâti à l’extrémité sud du Palais, hors des murailles pour déambuler à travers les chemins escarpés, en contrebas de la mosquée du Pacha, pour rejoindre la place de la Perle, tout prés du mausolée de Sidi Mohamed Ben Omar El-Houari. Parfois, elle se hasarde à traverser la grande allée des Jardins, des terrains riches et fertiles qui étaient arrosés par des sources d’eau limpide et douce. On raconte qu’elle avait une démarche de gazelle que rehaussaient ses beaux habits de satin et de soie et dont les contours de son corps voluptueux se devinaient dans le moule, un kaftan cousu de fil d’or.
Bedra n’était pas une femme à se laisser faire. On rapporte qu’un jour, elle poignarda et, ce, dans le lit de son mari, Bey Hassan, une esclave que celui-ci avait racheté. Elle s’imposait aussi devant les Caïds qui arrivaient au pouvoir. Elle prélevait sur le prix des « Gandouras », la somme de mille « Rials boudjous ». Cependant Bedra était connue pour ses élans de générosité en employant avec bonté l’argent qu’elle prélevait de cette redevance. Des témoins avérés rapportent qu’elle était une femme de cœur et faisait beaucoup de bien aux gens malheureux. Bedra envoyait aussi de magnifiques cadeaux au harem du Dey Hussein Pacha, dans la Régence d’Alger.
Bey Hassan, l’époux de Bedra
Il y a d’abord la réputation de son épouse, Bedra bent El Bey Boukabous et il y aussi que ce personnage hors du commun fut le dernier Bey à posséder les clés de la ville qu’il offrit sagement au Corps expéditionnaire français durant le débarquement au port d’Oran en 1831, signant la fin de la période ottomane dans cette partie de la terre algérienne. Il s’agit bien du Bey Hassan qui s’est fait une place dorée dans le « Diwan » du Palais du Chateau Neuf, durant douze années.
Bey Hassan est un personnage hors du commun, un cuisinier recruté par le Bey Mohamed Ben Othmane. Il sera par la suite marchand de tabac dans une boutique adossée à la Mosquée du Pacha et que l’on peut apercevoir de nos jours, au bas de l’ex rue de Philippe, sur les hauteurs de Sidi El-Houari. A l’époque, dans la cité, on le soupçonnait, de ne pas avoir été étranger à la disgrâce de ces prédécesseurs. D’ailleurs, un bref rappel historique éclairera davantage la personnalité controversée de cet ancien cuisinier du Bey. Ainsi l’on raconte qu’après la mort dans des conditions atroces du Bey Mohamed Er-Rekid, plus connu sous le sobriquet de « Bey Boukabous » (le bey au pistolet), condamné pour avoir abattu froidement un pauvre homme qui lui présentait un requête, il fut puni par le Pacha à être écorché vif, puis décapité.
Le Dey d’Alger fit nommer à la tête du Beylicat d’Oran, Kara Baghli, gendre du Bey Mohamed El-Kébir, le libérateur d’Oran de l’occupation espagnole. Les témoins de l’époque rapportent que le Bey Kara Baghli était un homme énergique qui, après avoir réprimé quelques soulèvements des tribus hostiles au pouvoir des Ottomans, gouvernera avec sagesse. D’autres témoignages relevés dans des écrits laissés par de célèbres chroniqueurs laissent deviner que ce Bey était aimé des tribus locales. Cependant le Dey d’Alger ne l’entendait pas de cette oreille car il n’approuvait pas cette situation. Il le convoqua et le fit étrangler jusque mort s’en suive.
Evidemment celui qui va le succéder fut le fameux marchand de tabac et époux de Bedra, Bey Hassan. Durant, son autorité, il provoquera la colère des tribus de l’Ouest, en mettant en résidence surveillée Hadj Mohieddine et son fils Abdelkader, le futur Emir. Les historiens soulignent qu’ils s’étaient déplacés de Mascara à Oran, pour signifier à l’autorité ottomane le refus des populations à payer l’impôt (Ghrama). Ils effectuèrent leur captivité dans une demeure appelée « La maison de la Treille » (dar El-Aarich), au niveau de l’ex rue Bassano. Abandonnée par les héritiers, cette maison atteint par la vétusté a rendu l’âme il y a cinq années de cela.
Le Bey Hassan était surtout un homme soupçonneux. L’on raconte qu’il a fomenté un coup fatal à son gendre qui aspirait à lui succéder. Il le fit étrangler tout simplement.