dimanche , 16 juin 2019

Bidonville-Logement social: Les paradoxes de l’équation

Oran et ses communes environnantes, ont souvent connu des mouvements de contestations et d’agitation nourries par des tensions et des colères de citoyens qui s’estiment exclus et abandonnés dans leur situation précaire de chômeurs ou de mal-logés. Les « sit-in » et les rassemblements des familles revendiquant un logement, occasionnent souvent le blocage d’une route à grande circulation, d’un rond-point, ou du tramway dans certains quartiers d’Oran. Parfois, comme ce fut le cas il y a quelques temps à Mers El Kébir, les jeunes habitants bloquant la route nationale menant vers Oran, sont dispersés par les forces de l’ordre lors de vives interventions qui risquaient de dégénérer en violents affrontements. On se souvient que plusieurs véhicules ont été pris pour cible par une pluie de cailloux lancés par les jeunes déchaînés en plein milieu de la circulation et même sur les véhicules des gendarmes en stationnement. Et selon des témoins, cette flambée de colère faisait suite à une intervention des services de la police urbaine qui voulait empêcher le démarrage de plusieurs constructions illicites à la périphérie de la Commune. Un terrain propice aux extensions urbaines anarchiques de la Commune, mais qui était, pour une fois, réservé et destiné à un projet d’infrastructure publique en voie de lancement. Dans ces zones côtières, le long de la célèbre Corniche oranaise, le phénomène des bidonvilles et des constructions illicites a toujours été un fléau urbain en constante progression en raison de multiples facteurs politiques et sociaux liés à la nature et aux dysfonctionnements de tout un système de gouvernance local défaillant. « Ici, explique un jeune habitant d’une maison précaire construite anarchiquement, beaucoup de terrains ont été attribués à des gens venus de différents endroits, même de wilaya lointaines, qui ont construit des villas, alors que nous, on nous promet à chaque fois un projet de logement de recasement que mes parents attendent depuis que j’avais 2 ans… ». « Aujourd’hui, ajoute-il, j’ai plus de 26 ans, je vends des fruits sur la chaussée, sans perspective de trouver un emploi ou de me marier car, je n’ai pas de logement… ». Visiblement excédé par ce qu’il qualifie de « Hogra et de passe-droit », il lance « Ici, tous les maires qui se sont succédé, n’ont pensé qu’à remplir leurs poches, et à régler la situation de leurs proches et de leurs clans… ». Un constat, plutôt partagé, qui place au cœur du débat les paradoxes de l’équation bidonville-logement social. Une équation bien difficile à résoudre quand on connaît les limites et bien souvent le laxisme, l’incompétence et les dérives de certains gestionnaires élus dans les municipalités concernées…

Par S.Benali