vendredi , 25 mai 2018

Bienvenue à Ramadhan 2018

La tristesse, la colère et l’indignation provoquée par le massacre des populations palestiniennes par l’entité sioniste, était hier quelque peu perceptible à travers la rue oranaise. Mais une rue préoccupée il est vrai par les derniers préparatifs du mois de ramadhan annoncé. Hier, au café des mauvaises langues locales, le «débat» entamé sur cet événement sanglant orchestré par Israël et ses alliés a vite cédé la place aux critiques et aux polémiques autour des questions récurrentes posées chaque année, à chaque début du mois sacré. Loin des théories scientifiques de ceux qui «glorifient» la vision universelle, sûre et certaine du croissant lunaire, le majorité des Oranais suivront avec plaisir le «suspense» de l’émission télévisée consacrée à la «nuit du doute». Et ils accueilleront le Mois sacré avec foi et sacrifices partagés. Comme chaque année, c’est la flambée des prix attisée par la loi du marché qui reste au cœur des préoccupations des ménages les plus modestes. C’est également, comme chaque année, les circuits de distribution du couffin des démunis qui animeront le chapitre des «solidarités administrées» durant la période du jeûne. Comme chaque année, l’inertie collective durant la journée, et les énergies retrouvées le soir après les copieux repas, vont rythmer la vie quotidienne des Oranais. Et la ville offrira à chacun son emploi du temps nocturne préféré. Nombreux iront, comme chaque année, «faire étalage de leur Foi» en allant écouter les conférences religieuses dans une Zaouïa très courtisée. D’autres choisiront de participer aux rares débats économiques ou littéraires organisés par deux ou trois sphères culturelles versées dans l’animation intellectuelle locale. Et la grande majorité des Oranais investira les grandes artères, les jets d’eau des ronds points à l’est de la ville, ou encore le jardin citadin, pour de longues marches le long des allées. Durant ce Ramadhan 2018, le commerce illicite et les marchés informels garderont sans doute leur ampleur, transformant l’espace urbain en zone d’anarchie et de non droit. Face à la Cité Jeanne d’Arc, entre l’avenue d’Arcole et la rue général Ferradou, le «souk» installé ici depuis vingt ans atteste de la «clochardisation » souvent dénoncée par le premier magistrat de la ville. Dans un environnement digne des petites communes rurales, marchands et colporteurs de tout et de n’importe quoi se bousculeront en certains endroits pour écouler leur stock de quincaillerie en tous genres et produits alimentaires, le pain, le lait, oeufs, fromages, linge, vaisselle, CD, et mille autres produits aussi improbables que douteux. Comme chaque année, Oran, promise nous dit-on à de grandes ambitions, accueillera le Ramadhan 2018 sous l’égide des mêmes régressions urbaines et sociales forgées par le déficit de culture et d’éducation civique.

Par S.Benali