samedi , 24 août 2019

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COMMENT VA EVOLUER LE HARAK ?

Comme l’affirme si bien le chercheur et doctorant en sciences politiques à la City University de New York, l’algérien Brahim Rouabah, « la révolte populaire dans notre pays n’est rien de moins qu’une réaffirmation de ce qu’être humain signifie ». Réduits durant des décennies à des spectateurs traumatisés, les Algériens ont, une fois de plus, soulevé la poussière et saisi les rênes de l’Histoire. Avant cette révolution qui véhicule désormais la marque de service internationale de l’Algérie, tout était tendance. Depuis le 22 février 2019, tout est devenu exigence. Le mouvement populaire ne cède pas un iota de ses revendications légitimes qui en fait, ne se résument qu’à un seul point, le retrait immuable et définitif de tout ce qui respire le système du nombrilisme, de la dilapidation des deniers de l’Etat et de la corruption. Une résolution simple, mais ferme, non négociable. Acculés, toutes les icônes en décomposition du régime l’ont compris, beaucoup faisant même semblant de rallier le mouvement. C’était l’acte 1, celui qui était soutenu et sécurisé par l’Etat Major de l’Armée Nationale Populaire. Mais ce récital permanent de liberté et d’expression politique ne propose jusqu’à présent aucune lisibilité quant à une proche solution. La date des élections présidentielles, le 04 juillet prochain est catégoriquement rejetée par le mouvement, position assortie de la devise « Dégager Tous », jette aujourd’hui le trouble sur le « Harak ». Le patron de l’ANP Gaid Salah qualifie d’ « irréalisable » la requête nationale de « Yetnehaw Gaâ ». Et à voir de près il a raison, et par le canal de la logique, tant qu’un nouveau chef d’Etat élu ne prendra pas les commandes du pays. Cette dissension entre le patron de l’ANP premier protecteur du mouvement spontané, doit certainement disposer d’arguments sérieux pour s’être exprimé sur la question. Quant au peuple qui se projette corps et âme dans la totale refondation de l’Etat il continuera à se mobiliser vers une alternative qui débloquerait la situation actuelle. Car, si le slogan « Yetnehaw Gaâ » est objectivement plus facile à brandir qu’à concrétiser d’un clic sur le terrain, la société civile n’en démord pas moins d’expulser maintenant du sérail, tous les résidus du « système maudit ». Entre temps, les semaines passent et aucun signe de lueur et de projet de solution ne pointe à l’horizon.
L’acte 2 de la Révolution populaire commence. Les militaires gèrent la situation, sécurité du pays oblige et les manifestants vont se prendre en charge. En clair, les données existantes interpellent l’urgence de négociations. Mais avec qui ? Le Harak n’étant pas politiquement et stratégiquement accompagné et encadré par des experts ou des personnalités charismatiques propres, comment va donc évoluer le Harak, et pour quelle issue ? Si la vision n’est pas hallucinante Dieu merci, toute l’Algérie de la société civile, du politique et de l’administration s’interroge. L’atmosphère est intrigante. Comment par exemple concilier la politique avec la bonne raison dans ce puzzle presque inextricable ? La plus inattendue et plus prisée des grande révolutions de la nouvelle génération changera t-elle les attitudes intérieurs de notre esprit, pour transformer les aspects extérieurs de notre vie ? Autant de questionnements naturels, innés, qui s’imposeront dans notre quotidien. Prendre conscience de l’inconnue n’implique pas des appréhensions ou des angoisses. Les nouveaux paramètres dans la gestion de la crise par le mouvement citoyen et par les autorités concernées, dont l’Etat Major forcément, induisent d’autres comportements et réactions que chacun souhaite sereins, tranquilles et porteurs de solutions définitives. Ce sont ces mêmes préoccupations que nous avons vécu à l’origine du Harak et dès l’avènement des marches qui ont glorifié les images de civisme, de non violence et de l’aspect festif de l’Algérie qui, désormais s’inscrit dans un cadre de référence planétaire.
Gaid Salah a fait l’éloge du Harak. Il veillera sûrement à ce que la situation sur le terrain ne dégénère pas, ne serait-ce que parce que l’actuel gouvernement par intérim constitutionnel ne s’implique pas dans la crise. Dans ses apparitions obligatoires, il diffuse même cette impression de gêne qui traduit son empressement à quitter la table. Les autres, on ne les voit presque pas, eux aussi ayant hâte de rejoindre leurs pénates. Un tableau loin de la sérénité et de la gaieté, que brosse le journaliste du monde Diplomatique, l’enfant d’Oran qu’est le Pr Lahouari Abdi : « En Algérie, la population manifeste pour exiger la libération de l’Etat de la tutelle de la hiérarchie militaire et politique. Le rapport de force est en faveur de la société parce qu’elle n’est pas opposée à l’armée. Et parce que l’armée en Algérie n’est pas impliquée dans la politique »
Des propos rassurants. Qui me rappelle aussi ce mot d’Albert Camus qui va dans le sens du Harak : « toute valeur n’entraîne pas la révolte, mais tout mouvement de révolte génère tacitement une valeur ». Nous l’espérons tous.
Par Fayçal Haffaf