mardi , 20 février 2018

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Conflits sociaux: la main de la mondialisation

Ils reviennent de manière immuable, jusqu’à presque se banaliser dans le paysage politique. Avec dans le rôle de «lièvres», les voltigeurs de l’Education et de la Santé. Ces deux secteurs assurent chaque année qui passe, la fonction de détonateur dans la spirale des conflits sociaux. Leurs troupes s’en accommodent parfaitement, surtout que les pouvoirs publics ne sont plus pris de court, notamment avec les syndicats de l’Education dont la litanie des revendications matérielles reste inépuisable, voire éternelle. Les professionnels des métiers nobles qu’incarnent la santé et l’enseignement, diffusent dans notre quotidien la désagréable impression de verser dans la politique d’abord, pour ensuite se concentrer sur leur activité pour lesquelles l’Etat algérien les a formés. On sait bien, pour paraphraser Willem, «que la politique, c’est la sexualité des intellectuels», mais la rengaine des manifestations cycliques ne fait plus recette dans les cœurs de la population algérienne. Et pour cause !
D’abord, parce que dans ces deux activités à fort impact social, le faisceau des réclamations qui reviennent inexorablement, expriment l’audace et l’opportunisme de tirer profit d’une situation socioéconomique fragile. Les quartiers généraux qui font de la grève et des dépassements qui en découlent, une arme fatale appréhendée et crainte pas n’importe quel système dans le monde. Plus encore par les pays frappés de plein fouet, comme l’Algérie, par un contexte économique favorable à de pernicieuses crises multiformes. Et la paix sociale n’ayant pas de prix, toutes les revendications posées par les secteurs sensibles et stratégiques sont prédestinées à aboutir.
Ainsi se définit le champ de tensions régulées entre les parties en présence. Ceux de la Santé et de l’Education connaissent parfaitement le terrain. Ils paraissent maîtres des rounds de négociations, le recours aux grèves symbolisant les cordes avec lesquelles les marionnettes sont activées. L’expérience cumulée dans la gestion des conflits sociaux par les animateurs de la santé, les convictions de leurs leaders, ainsi que le fragile environnement dans lequel se meut le gouvernement De Ahmed Ouyahia expliquent que 80% des doléances des médecins résidents seraient déjà acceptés, notamment la question du service civil. Pour la première fois dans son histoire, elle sera «réaménagée» pour répondre aux vœux des grévistes. Les transformant ainsi en super citoyens, comparativement aux étudiants de toutes les générations des facultés de médecine en Algérie. Il ne reste plus aux grévistes qu’à exiger, pendant que la tendance s’y prête, de ne plus être concernés par le service national…En attendant de suivre la mobilisation des paramédicaux qui entrent dans la danse pour une révision de leurs statuts; et bien sûr des primes promises par les prédécesseurs de l’actuel pensionnaire du ministère de la Santé.
Cette géographie des conflits sociaux repose donc sur un scénario type à travers la planète: celui de profiter au mieux de la déliquescence annoncée d’un pays. Un problème émanant de la mondialisation. Les chercheurs compétents justifient la systématisation de ces crises sociales par trois paramètres objectifs, l’ouverture et la démocratie politique, la libéralisation économique et la conflictualité contemporaine avec ses ingrédients locaux. C’est ainsi que l’équilibre politique et l’espace social est remis en question. En Algérie, les acteurs sociaux affrontent désormais les administrations en place par des idées engrangées via les visions d’idéologies externes ou d’utopies porteuses de nouveaux contrats sociaux. C’est encore le résultat de la mondialisation. Celle-là même qui véhicule le désordre. Et surtout lorsqu’un pays ne dispose plus des matelas financiers conséquents pour répondre aux revendications jaillies des conflits du travail.
En somme, isoler les conflits sociaux de son caractère planétaire, ou les réduire à une simple conjoncture locale, ne ferait qu’entraver la compréhension de ce que nous découvrons aujourd’hui: la transformation de notre société contemporaine.

Par Fayçal Haffaf