lundi , 20 janvier 2020

Course incessante au patrimoine foncier…

Que dire et quoi penser de cette nouvelle revendication, des commerçants de la rue de Mostaganem qui demandent leur «délocalisation» en raison de la chute de leurs activités, depuis la mise en service du Tramway ? En effet, le choix du tracé de la ligne de Tram, empruntant cette artère commerçante des plus réputées d’Oran, avait au départ posé un sérieux problème de stationnement et d’accès aux magasins, spécialisés dans la vente de produits de quincaillerie, peinture, électricité et autres, proposés à des clients venant parfois même des wilayas voisines. Le passage du Tram sur l’avenue de Mostaganem et sur son prolongement, l’avenue de St Eugène, allait comme prévu, signer l’arrêt de l’activité commerciale et provoquer la fermeture de nombreux magasins. Parmi les plus nantis, beaucoup ne tardèrent pas à déménager, choisissant même de se regrouper à un même endroit sur le Bd Millénium vers le nouveau pôle urbain de Akid Lotfi. Ces premières fermetures et déménagements volontaires de commerces, ne pouvaient que précipiter la mort du reste des magasins condamnés. L’avenue Md Boudiaf ex-rue de Mostaganem, qui faisait, jadis, la fierté de ses habitants grâce à une animation économique et commerciale incomparable, ressemble aujourd’hui à un désert sans âme, sillonné par les rails d’un tramway «volumineux», par rapport à l’espace dédié à la vie collective. La rue, devenue l’ombre d’elle-même, ne vit qu’au rythme des carillons des rames qui passent, causant à chaque fois, des peurs et des frayeurs parmi les piétons, dépossédés ici et là, de leurs anciens trottoirs plus larges et plus calmes. Il est vrai, que le progrès et la «modernité» ont un prix. Mais pas le prix de la mort de tout un quartier, ou de toute une grande artère, inscrite depuis des lustres, dans la trame identitaire et urbaine de la Capitale de l’Ouest. Les membres de l’Association des commerçants de la rue de Mostaganem, nouvellement créée, ne peuvent que légitimement déplorer et dénoncer, une situation qui les plongent pour certains, dans le désarroi total. «…avec le tramway, l’activité a baissé, au point où je ne peux plus joindre les deux bouts» se lamente un modeste commerçant de meubles. Reçus dernièrement, en audience par le Wali, les commerçants désemparés, ont demandé au représentant de l’Etat de se pencher sur leur cas. Un Wali qui se doutait bien, que les jérémiades sur la baisse d’activité commerciale, due au passage du Tram, ne servent surtout qu’à justifier, voire «légitimer» une demande de «terrain pour construire de nouveaux magasins et relancer l’activité…». En réalité, la quasi-majorité des commerçants concernés, ont quitté les lieux depuis longtemps, achetant ou louant des locaux du côté de Akid Lotfi. Mais on sait qu’à Oran, tous les prétextes et tous les moyens semblent permis, dans la course incessante à la conquête du patrimoine foncier…

Par S.Benali