vendredi , 15 décembre 2017

Dans une crise, la seule chose prévisible, c’est l’incertitude sévère

Tout récemment, le Fond Monétai re International averti l’Algérie «contre la hausse des prêts improductifs et le risque de détérioration des actifs». En clair, les gendarmes de Bretton Woods, interpellent nos argentiers sur le rachitisme de la place financière, plus volatile que jamais en cet hiver estival. On retiendra que les émissaires de Christine Lagarde évitent d’évoquer la décision du gouvernement Ahmed Ouyahia de recourir au financement non conventionnel, le matelas cousu mains sur lequel reposeront les projets sociaux économiques en instances de liquidités.  «Les gens ne voient la nécessité que dans la crise», affirmait Jean Monnet. A croire que ce penseur pensait à notre pays. Au temps de l’opulence, de l’importation des fruits exotiques comme le kiwi, avocats, mangues, que 99% des familles algériennes ne pouvaient que caresser des yeux, à l’époque des containeurs de futilités qui s’entremêlaient dans nos ports, des produits chinois superflus de tous genres que personne n’achetait mais qui alimentaient les transferts de devises et les surfacturations des lobbies, aucun décideur politique ne su, ou pu, anticiper par des décisions prospectives élémentaires pour contenir l’hémorragie anarchique et historique des devises. L’Algérie par exemple, dépensait annuellement 98 millions d’euros pour les étalages de parfums et d’articles de toilette, souvent à la qualité douteuse. Pire ! Des opérateurs nationaux évidemment soutenus par des ombres diffuses, ont inondé nos marchés pour 71,6 millions d’euros de papier et de cartons, sans qu’aucune autorité de l’époque ne s’en émeuve. Plus intenable encore, au plus fort du slogan «priorité à la production nationale», 68 millions d’euros en appareils électroménagers, en savons détergents et produits d’entretien, en condiments et assaisonnements, sont passés à la trappe. Avec, magie des lobbies oblige, les compliments des pouvoirs publics. Enfin, de source douanière française, un quota de véhicules de 223 millions d’euros, a été exporté vers l’Algérie durant les quatre premiers mois de 2016, alors que les licences d’importation n’avaient pas été attribuées. Bizarre.  C’est cette fuite qui, aujourd’hui, pose sur la table un conflit de prise de décisions au sein des pouvoirs publics  et de conscience pour l’ensemble des hauts responsables. Mieux vaut tard que jamais, des mesures draconiennes dans le sens de la régulation des importations entretiendront l’espoir du retour à l’ordre. Première exigence pour les enseignes spécialistes des containeurs, «rendre obligatoire la domiciliation de toutes les importations de la revente en l’état, bien avant toute expédition des marchandises à destination de notre territoire douanier». Mohamed Loukal, le premier banquier du pays, réhabilite enfin l’acte de domiciliation dans toute opération d’achat ou de commande. Cette couverture bancaire, représente 120% de la valeur marchande de l’importation et, surtout, doit être effective trente jours avant la date de départ du container. En plus, de la visibilité qu’induit ce mode opératoire, le gouverneur de la Banque d’Algérie offre aux acteurs économiques du privé comme du public, «la possibilité de se prémunir des risques de change. Une inspiration objective née du régime flottant et imprévisible des cours de change en Algérie. Cependant, c’est particulièrement la limite, pour tout l’exercice 2018, de toutes les importations à 30 milliards de dollars qui sonne le glas pour les excès qui s’infiltraient entre les mailles du filet gouvernemental censé réguler les importations. Déjà, ce volume n’excèdera pas les 41 milliards de dollars à fin 2017. Une nomenclature de 24 produits sera soumise à l’attribution de licences d’importation, tandis qu’une liste de marchandises encore non portée publique, sera définitivement suspendue du lexique des importations. Notamment, les produits de luxe dont la valeur atteint les 25 millions de dollars, la mayonnaise qui ingurgite annuellement 20 millions de dollars, ainsi que l’élémentaire chewing-gum qui coûte à l’Etat la bagatelle de 25 millions de dollars chaque année. Enfin, l’Algérie de l’économie pénètre dans le rayon des nations qui arborent le théorème du penseur Maurice Blondel, «L’avenir ne se prévoit pas, il se prépare.  Tous ces nouveaux défis du jour devaient être actionnés à l’ère de l’abondance, lorsque celle-ci ne prêtait qu’aux riches. Il a fallu que l’actuelle situation d’urgence, inconfortable et éternellement dépendante du pétrole, imposent les décisions drastiques qui auraient dû intervenir, au pire, une décennie plus tôt. Mais nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Tout le pays, adultes comme enfants, scrute quotidiennement l’horizon. On y recherche l’illusion de l’embellie des prix des hydrocarbures. Ceux-là mêmes qui fluctuent et qui ne génèrent toujours pas de traçabilité. Entre temps, la société civile reste confrontée à une flambée violente des mercuriales due à la maffia des chambres froides, ce corps surnaturel qui se reproduit, tel un serpent, après chaque opération coup de poing des autorités compétentes, insensible aux risques de dérapages.   Comme quoi, dans une crise, la seule chose prévisible, c’est l’incertitude qui suit.

Par Fayçal Haffaf