vendredi , 22 juin 2018

Déficit d’études, d’analyses et de réflexion

En novembre 2016, dans le cadre du nouveau «jumelage» entre la ville de Strasbourg et Oran, des architectes enseignants à l’université strasbourgeoise, ont été invités à venir étudier et proposer «des aménagements qui tiennent compte à la fois, du caractère historique des quartiers et les possibilités d’y introduire des formes de modernité architecturale et urbaine». Une initiative qui ne peut être que saluée et applaudie, si toutefois elle avait été sérieusement suivie et prise en charge par les responsables de l’Institut d’architecture d’Oran et les décideurs locaux de l’époque. La capitale de l’Ouest aurait pu tirer profit de différents avis, réflexions et propositions en matière de restructuration des vieux quartiers historiques et de valorisation du fameux rapport de la ville à sa mer, évoqué il y a longtemps par le romancier Albert Camus qui affirmait que «Oran a tourné le dos à la mer». Mais cette sentence du romancier est le fruit de l’inspiration littéraire de l’auteur des «Chroniques Algériennes» qui écrivait, faut-il l’oublier, que «l’indépendance nationale [de l’Algérie] est une formule purement passionnelle». Il ne s’agit-là ni d’une vérité prouvée par des études de croissance urbaine, ni d’un constat fondé sur la réalité du terrain de l’époque coloniale. Une époque où le port d’Oran allait s’étendre au pied de la cité, tandis que les colons en villégiature allaient s’approprier les splendides plages en implantant une série de bourgs et de villages. Il est curieux de constater que la formule de Camus sur Oran tournant le dos à la mer, est souvent reprise aujourd’hui par des acteurs sociaux voulant peut-être prouver leur «culture» et l’étendue de leur savoir en matière d’Histoire urbaine. En réalité, Camus, le colon désabusé, n’a pas eu lui-même en ce domaine une quelconque légitimité permettant de le citer en «argument absolu et crédible». Plus de cinquante ans après l’indépendance, les données politiques, urbaines et sociales, ont évidemment bien changé. Il ne s’agit plus de savoir s’il fallait aménager une plage proche du centre-ville ou prévoir un accès à la mer au pied des falaises de la frange marine, mais de projeter la capitale oranaise dans le long terme afin de l’installer en métropole pouvant faire face aux défis et aux enjeux de la mondialisation. Malheureusement, on sait à quel point Oran a été marginalisée et pénalisée par le déficit d’études, d’analyses et de réflexion sur l’avenir de la Cité. Même les présumés projets d’intégration et de revitalisation des anciens sites et quartiers de la ville ne relèvent parfois que de vagues initiatives pédagogiques destinées aux étudiants de dernière année en architecture. A l’image de cette étude sur le quartier La Calére, menée dans le cadre du jumelage entre les Universités d’Oran et de Strasbourg, et dont personne n’entend plus parler. Aujourd’hui, seul le pragmatisme et l’engagement d’un Jeune Wali en poste, permet encore à Oran de rêver…

Par S.Benali