dimanche , 15 décembre 2019

Des projets de restauration qui traînent en longueur

Il y a déjà plus de dix ans, en juillet 2007, deux experts américains spécialisés dans la restauration des sites et monuments historiques étaient en visite à Oran dans le cadre d’un projet de consolidation et de réhabilitation de deux anciennes mosquées dont la mosquée Pacha, édifiée en 1789 dans le quartier populaire de Sidi El Houari.Les travaux de restauration de ces sites historiques, «seront lancés incessamment» disait-on alors à l’époque . Et durant près d’une semaine, les deux spécialistes américains ont entrepris, alors, des fouilles et une inspection des monuments fragilisés par le temps. Forts de leur expérience en matière de consolidation de vieux monuments, les experts venus de Chicago étaient, disait-on, les auteurs de projets de restauration de la tour de Pise en Italie, de la mosquée de Jérusalem à Moscou et de bien d’autres monuments… Cette initiative très médiatisée à l’époque, était inscrite à l’actif de l’ambassade des Etats-Unis en Algérie qui avait annoncé un don de 100 000 dollars pour cette opération. Une première tranche de 35 000 dollars, a été remise aux responsables de ce projet de restauration entrant dans le cadre d’un vaste programme initié par les pouvoirs publics. Un an plus tard, en 2008, on apprenait que cette action de réhabilitation de la mosquée du Pacha aurait été intégrée dans un projet plus vaste englobant le palais du bey voisin qui présentait lui aussi le même genre de fissures apparentes et les mêmes problèmes générés par les aléas climatiques et l’usure du temps. Mais encore un an après, en 2009, aucune action n’est venu concrétiser cette action. La Mosquée du Pacha a été fermée aux fidèles et aux touristes, en raison de son état de délabrement avancé. A noter que ce monument classé en 1952, a été édifiée en 1796 par le Bey Mohamed el-Kebir. Occupée par un casernement de troupes françaises dés les premières années d’occupation, cette mosquée fut restituée au culte musulman en 1833 et a même fait l’objet, un peu plus tard, d’une opération de restauration ordonnée par Napoléon III qui venait de visiter le vieil Oran. Les armoiries napoléoniennes ont été alors sculptées sur la voûte d’entrée de l’édifice. Mais avec le temps, la mosquée du pacha allait de nouveau s’effriter et perdre de son éclat. Au lendemain de l’indépendance, le bâtiment vieux de trois siècles, a fait l’objet de quelques «rafistolages» de façade. Et depuis ces quarante dernières années, les oranais ont, de temps à autre, entendu parler d’un projet de restauration qui serait enfin lancé. Des projets qui ne reposaient en fait que sur de vagues discours avancés par des acteurs au profil opaque voulant justifier leurs salaires et leurs subventions. Au milieu de l’année 2014, la ministre de la culture, Nadia Labidi en poste à l’époque, annonçait la création et mise en place d’une direction régionale de suivi des biens culturel et d’une annexe de l’Agence nationale des sites protégés. Des structures, disait-on, qui seraient chargées de prendre enfin en charge de manière sérieuse et rigoureuse la problématique de préservation du patrimoine historique et culturel. Dans la foulée, on annonçait qu’une opération de restauration de la mosquée du pacha allait être lancée, après le démarrage du projet concernant la mosquée de Sidi El Houari. En décembre 2014, les mêmes responsables affirmaient que «l’étude relative au projet de restauration de la Mosquée a été achevée, et que les travaux seront confiés à une entreprise turque spécialisée». Plus un mot sur le projet américain de 2007 qui s’est évaporé dans les méandres d’une bureaucratie terrifiante. Selon le calendrier avancé en décembre 2014, l’opération de restauration de la mosquée du Pacha devait être lancée au plus tard en février 2015. Une échéance qui, évidement n’a pas été respectée. Aujourd’hui, en Novembre 2018, tout semble indiquer que l’opacité des opérations annoncées en ce domaine n’a d’égal que les lenteurs et le laxisme qui pénalisent ce secteur d’activité.

Par S.Benali