mercredi , 18 juillet 2018

Donald Trump – Kim Jong Un ou la grotesque mise en scène

Dans une suite d’actions imprévisibles et contradictoires, Donald Trump continue de dominer la scène politique internationale. Un jour, il s’agite au sommet des G7 de Charleroi au Canada, au point de s’emmêler les pinceaux avec le Président de la Commission européenne Jean Claude Junker. Une autre fois, il rencontre son ennemi number one à Singapour dans un sommet historique qui ne fera jamais oublier les bruits de bottes que les Américains et les nord Coréens avaient enclenchés pour une troisième guerre mondiale. Vendredi dernier encore, son administration décidait de refouler tous les enfants mexicains et les séparer de leurs parents lors de la traversée des frontières avec les Etats-Unis d’Amérique. Des pratiques cruelles, uniques dans l’histoire contemporaine de l’humanité. Son comportement fantasque habille toutes ses sorties médiatiques. Le 9 juin écoulé, le maître de la première puissance mondiale avait retrouvé son naturel de chef d’entreprise impulsif en invectivant la plus haute autorité européenne qui s’opposait à un come back de la Russie dans le format G7, tant que Moscou ne consent pas des améliorations sur le dossier ukrainien. Autant de situations qui contrastent avec le bon sens, même si la politique ne s’accommode pas avec la logique. Trempé dans son style de douche écossaise, Donald Trump brille de mille feux. Et c’est ainsi que le 12 juin, Donald Trump célébrait sous les feux de la rampe une vigoureuse et chaleureuse poignée de mains avec Kim Jong-Un, détenteur également de l’arme nucléaire.
Sous cette avalanche de politesses, le souvenir des insultes et des menaces proférées en direction du «petit gros», le doux surnom affecté par la Maison Blanche au président Kim Jong-Un, ne manque pas de ressurgir dans tous les esprits. Si dans les couloirs capitonnés de la diplomatie, sincérité et hypocrisie se conjuguent au présent, ces retrouvailles américano-nord coréennes battent les records des superlatifs de la politique. «Une fantastique rencontre avec Kim Jong-Un», s’enflammait Donald Trump. En face, tout sourire, le dirigeant nord-coréen se félicitait «d’avoir tourné la page». A l’évidence, cette mise en scène parfaitement huilée avec le consentement des deux parties, répondait à des intentions précises: acquérir une stature internationale pour Kim Jong-Un, et dans les arrières pensées de Trump, dompter le canari fuyant de Pyong Yang. Car, une fois volatilisés, les échos de cette impensable réunion entre les deux plus féroces ennemis directs de cette génération, sur la table des négociations, ne subsistent que du «déjà-vu». Les deux éternels belligérants se sont contentés de dépoussiérer les vieux engagements dans les tiroirs, du reste jamais appliqués par Pyong Yang. Dans le document final, le mot «dénucléarisation vérifiable et irréversible», n’apparait nulle part. Autrement dit et selon les experts, «ce rapprochement ne signifie pas de démantèlement des installations». Mieux, aucun contrôle ni présence d’institutions internationales pour jauger de la fiabilité de l’accord n’apparaissent». Ni en filigrane, encore moins au grand jour.
En clair, et pour la consommation extérieure, l’accord de Singapour n’est pas plus bonifié que le précédent. Le «Dirigeant Suprême» s’engage à abandonner l’atome en contrepartie des garanties sur la survie de son régime. Les plus avertis dans cette actualité, soutiennent que des «cadeaux économiques» seront consentis pour Pyong Yang». Comprendre bien, en décodé, une levée des sanctions qui grèvent toujours l’économie nord-coréenne et surtout, «des promesses d’investissements». Un deal sur mesure pour les intérêts américains, qui reproduit l’image avérée d’une politique d’aliénation des forces vives du nouveau monde. Une technique usitée qui permettra au pensionnaire du bureau ovale d’enclencher sa nouvelle ligne stratégique en direction de l’énorme marché asiatique. Ce sentiment de domination en implique également un second, celui de la confiance. Couvrira-t-elle totalement les relations américano-nord coréennes nées à Singapour ce 12 juin 2018 ? Le leader de 34 ans semble se rassurer. Ses propres propos le sous entendent: «Nous avons noué une relation très spéciale et nous nous retrouverons souvent», clamait Kim Jong-Un aussitôt paraphé l’accord de Singapour. Pour mieux leurrer le petit Néron de Pyong Yang, personne ne parle «d’abdication». Mais dans le camp de Donald Trump, on parle de succès diplomatique tonitruant. Surtout que dans ce bourbier nord-coréen, aucun prédécesseur de Trump n’a réussi ce que l’actuel président américain vient de réaliser. Pas même Bill Clinton en 1993, lorsque Pyongyang était sur le point de fabriquer sa bombe atomique. Donald Trump a bien raison de sourire sous cape.
Par Fayçal Haffaf