mardi , 28 mars 2017

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Economie: En attendant des jours meilleurs

Il ne semblait pas si bien dire ce géant du cinéma américain, Harrison Ford qui définissait ainsi les ingrédients incontournables pour un grand film: «de bons acteurs, un bon scénario et si en plus vous complétez le tableau avec un réalisateur d’envergure, le produit sera excellent». Les tentatives des pouvoirs publics pour adoucir les fissures et les altérations de l’économie algérienne depuis 2014 s’inspirent de la vedette entre autres, Indiana Jones, Le Fugitif et Star War. De réformes en restructurations, en passant par les tours de vis, rien pour l’heure, ne prélude au changement directionnel des indicateurs économiques. Au rayon des statistiques, la farandole négative s’est installée et toutes les alternatives pour juguler la dérive des chiffres s’avèrent inopérantes.
Les 17,2 milliards de dollars de déficit rapportés aux 11 premiers mois de 2016 renforcent l’étau qui adhère sur l’appareil économique algérien. Cette balance négative rend plus que jamais inconfortable la situation économique du pays, ainsi que celle des commis de l’Etat qui tentent de la maîtriser. Le plus cruel dans ce tableau, c’est qu’à tous les niveaux, la chute ronge nos échanges commerciaux, déstabilise le rythme des productions concernées par l’export, qu’elles soient énergétiques ou relevant du sectaire industriel ou tertiaire. C’est presque un comble de la contradiction que de constater que nos exportations se replient d’une année à l’autre, au plus fort de la quête de ressources pour colmater les déséquilibres. Mais c’est aussi, et surtout, la triste démonstration qu’en dépit des hydrocarbures, nous n’exportons pratiquement rien. Et par conséquent, nous ne produisons rien qui puisse attirer les marchés étrangers. Pas même la datte labélisée, dont les producteurs se plaignent d’embûches qui freinent leurs intentions de placer leur enseigne à l’international. L’absence des ingrédients pour un conditionnement de haut niveau, la rareté d’une main d’œuvre qualifiée, le jeu bizarre des assureurs sollicités pour l’accompagnement, et l’attente éternelle d’une traçabilité pour préserver la filière phoenicole des méandres et du découragement des professionnels, expliquent que sur une production annuelle de 900.000 à 1 million de tonnes, seuls, 20 à 30% parviennent à prendre la mer. Une quantité infinitésimale par rapport aux 18 millions de palmiers qui font la fierté du pays, de la pourtant gigantesque demande étrangère et de l’attrait d’un fruit unique au monde.
Rien ne répond au bon sens: de 32,06 milliards de dollars, les exportations algériennes ont chuté à 25,58 milliards, un fléchissement de -20,22% en 2016, équivalent en recettes à une perte sèche de 6,48 milliards de dollars. Quand le N°2 de la Banque d’Algérie, Djamel Benbelkacem, confie que «nous consommons bien plus que nous produisons», s’étale le chemin qui reste à parcourir. Enorme. L’épée de Damoclès de l’après-pétrole, la doctrine du dinar fort, le rapport des déficits qui tarde à changer de direction: quelles perspectives donc pour 2017 ? Le terme qui revient dans les sorties médiatiques des experts et des gouvernants est «réajustement». A commencer par celui du dinar, selon Hassen Haddouche. «A fin décembre 2016, démontre ce spécialiste, les cours de change sont de 111 dinars pour un dollar et 115 pour un euro. Les nouveaux concepteurs de la politique monétaire du pays ont bien saisi le message: celui d’aller chercher ailleurs que dans la dévaluation du dinar, un moyen de combler le déficit des finances publiques, très important durant l’exercice 2016. Et certainement courant 2017».
En lisant à travers les lignes, on comprendra que les autorités monétaires pourraient emprunter la route inverse à celle de la mise en convertibilité du dinar, souvent évoquée pour la mise à mort du marché informel de la devise. Un autre compromis qui succède à tant d’autres. Celui de rétablir les équilibres du budget et du solde à l’extérieur. Avec une croissance qui tutoierait le niveau peu élevé de 3,4% en 2017, un PIB de 3,1% et un taux d’inflation au dessus de la barre de 4%, les risques, à l’évidence, restent orientés à la baisse. Afin que la diversification structurelle de l’économie nationale se réalise concrètement et propage ses effets dans tous les secteurs de l’activité économique et sociale. Pour l’heure, l’Algérie ne se démarque toujours pas de la dépendance du prix du baril de pétrole. Jusqu’aux citoyens de toutes les couches et de toutes les cultures, les yeux scrutent les mouvements et les humeurs des bourses des hydrocarbures, en priant que la fourchette synoséidale de 50/60 dollars, se maintienne. En attendant des jours meilleurs.

Par Fayçal Haffaf