mercredi , 18 juillet 2018
<span style='text-decoration: underline;'>Professeur Boubekeur Mohamed P/APW d’Oran</span>:<br><span style='color:red;'>Entre la médecine et la politique, une réussite sans clichés</span>
© OT / Adda

Professeur Boubekeur Mohamed P/APW d’Oran:
Entre la médecine et la politique, une réussite sans clichés

Rarement, un scientifique d’envergure qui plus est prestigieux à l’international, se confond dans un costume politique familier des hémicycles, de la base à ceux des institutions suprêmes de l’Etat. Il s’agit d’une constante universelle qui découle de l’esprit pragmatique des scientifiques: les académiciens se fondent prioritairement dans la passion de la recherche, évitant les saveurs et les clameurs de la politique qu’ils cèdent à des profils plus adaptés. Mais l’exception faisant la règle, d’une décade à l’autre jaillit une entorse, un cas rare de très haut niveau de polyvalence et de maîtrise. L’Algérie en a révélé un: Le Professeur Mohamed Boubekeur, l’enfant de Kenadza devenu sommité mondiale de la chirurgie générale, endoscopique et paroscopique et personnalité politique surfant entre des responsabilités au sein du FLN, de l’APN durant le mandat 2012-2017 et, présentement, de l’APW Oran. Portrait.

Quand je lui demandais ce qu’il affectionnait le plus entre son métier de chirurgien et de conférencier international, et sa passion d’homme politique, il ne se veut ni dans la première, ni dans la deuxième définition. En déroulant la machine à remonter le temps, on comprend comment le Docteur Boubekeur s’est retrouvé sur l’orbite de la politique. Inéluctablement, son avenir aura été tracé par des images de l’apocalypse, celles qui explosent dans son esprit depuis l’âge de 7 ans. Issu d’une famille de patriotes et de Chouhadas, le petit écolier qu’il était en 1956, a échappé à une extermination de la population de son ksar lorsque la légion étrangère qui sévissait dans le sud, avait accroché tous les hommes du village à des barres surélevées, par les poignets, de 5 heures du matin à 16h00 et face aux femmes et enfants. Les mercenaires ont complété la torture générale en fusillant ces habitants. Parmi eux, l’oncle maternel du jeune Boubekeur.
Son père, son grand-père et deux autres oncles maternels qui se trouvaient déjà aux maquis, échappèrent à ce massacre, mais ne survécurent pas au reste. Cette horrible séquence imposée aux enfants du Ksar proche de Kenadza, venait de déterminer le parcours du futur Professeur Boubekeur, du député et de l’actuel président de l’APW Oran.
A sept ans, le coup de grisou
Le jeune Boubekeur s’était juré de réussir et d’honorer les mémoires des membres de sa famille happés par la colonisation. Mûri par des images dantesques qui avaient plombé sa mémoire, l’élève Boubekeur allait enchaîner les succès à l’école, au collège et au lycée. La 6ème à Tiaret, le BEPC et le BE, à Béchar, le BAC mathématiques à Oran, le tout en collectionnant les mérites et superlatifs. Durant sa traversée du secondaire dans la capitale de la Saoura où vivait une forte colonie d’Européens et de Juifs, il fréquenta les rangs de la Jeunesse FLN. Il était déjà prêt pour animer cette cellule dans le campus universitaire d’Oran, d’où son cheminement naturel vers la politique, sur fond d’excellence dans ses études supérieures.
Premier résultat de ses succès: trois bourses lui seront proposées, pour l’Italie, le Canada et la Russie. Il les ignora toutes, trop occupé à œuvrer au sein de l’UNJA, passionné aussi par le sport de performance dont le cross, la plongée et la chasse sous-marine, ainsi que…le pilotage des aéronefs. Il a longuement sillonné les cieux aux manches des appareils de l’aéro-club d’Oran. Mais c’est loin de ce monde que réapparait le docteur Mohamed Boubekeur. Il enjambe un univers fermé celui des scientifiques haut de gamme. Sa nouvelle vie ? Partout où pouvait naître des diplômes, des connaissances, des expériences, ce qui explique ce sentiment de progression continue devenue une réelle hantise: médecin du travail, docteur au sein de plusieurs entreprises publiques, notamment dans la ville de Ghazaouet avant une escapade à Strasbourg où jaillira une autre de ses illuminations, celle d’accéder au plus haut niveau mondial de la médecine. Je retiens de cette vie dense, que Mohamed Boubekeur aura assumé le devoir du service national, contrairement aux résidents actuels qu’il a du reste formés et encadrés et qui souhaiteraient en être dégagés par gâterie et caprice, par manque de nationalisme aussi.
Boubekeur a effectué son service national alors qu’il activait déjà comme maître assistant. Comme nous tous, il aura servi l’Algérie durant deux ans et demi, avant de décrocher en 1985 sa thèse de chirurgien à la clinique militaire «La Palmeraie» d’Oran. En 1990, il remporte son concours d’agrégation avec à la clé, le titre de major de promotion. Cette consécration lui vaudra le poste de chef de service chirurgie à La Palmeraie en 1991, puis professeur titulaire chef de service en 1992. C’est à partir de ce piédestal, que ce praticien se jette sur toutes les lianes qui le conduiront à tous les sommets de la médecine fine et moderne et, élément capital dans cet énorme parcours, sans se départir de la formation et l’encadrement des promotions qui toquaient déjà à ses portes.
L’infernale activité médicale: le piédestal.
C’est lui qui créera le Comité pédagogique de la médecine à Oran, en présidant 4 mandats de trois ans chacun. Muté au CHU de Sidi Bel-Abbèès en 2000, il affrontera encore une autre épreuve inhabituelle pour les jeunes vagues d’aujourd’hui, le deuxième concours pour chef de service. C’était en 2005, l’année de sa promotion à la tête du pavillon Chirurgie Générale du tout nouveau EHU d’Oran. Entre temps, il arpentera les couloirs et un siège de l’APW Oran, rouvrant ainsi un défi qu’il s’était promis de remporter lorsqu’enfant de 7 ans, il avait vu mourir de façon inhumaine ses aînés de Kenadza. Sans jamais rompre le cordon ombilical avec ses homologues français et maghrébins sur l’autel des conférences sur les nouvelles techniques de chirurgie, le Pr Boubekeur occupera un siège de l’APN, un quitus que son terroir de Béchar lui avait dévolu. Entre cet hémicycle à ceux des rencontres internationales de médecine se répartira sa vie politique et professionnelle.
Il se démarque de tous ses collègues députés, du haut de son activité spectrale, celle qui lui a valu des titres et des honneurs de la part de ses pairs à l’étranger, particulièrement de France. Déjà Président de la Société Algérienne de Chirurgie, à la tête de l’Association de Chirurgie invasive et endoscopique, V/Président de la Société Algérienne de Chirurgie Parascopique, il devenait logique que l’Académie française de Médecine, l’accueille en son sein avec un costume sur mesure de Vice-président. Chapô ! Entre temps, il assurait ses prérogatives de formateur et de pédagogue à l’EHU d’Oran. Il a dirigé durant deux mandats, le Conseil Scientifique, cette arène où se transmettent les projets, les communications utiles et les accès aux expériences internationales.
Parallèlement, le patron de l’APW, présidait le Conseil Scientifique de la faculté de médecine d’Oran. Il occupa également, ce fauteuil au sein du Conseil de l’Ordre Régional avant de s’en éloigner, fonction de PAPW exige.  Boubekeur pourra-t-il se passer de son métier originel ? Avec son regard pénétrant, il me confia qu’il continue d’exercer, bistouri dans les mains, lorsque des circonstances particulières le commandent. Sept mois après son investiture au pic de l’APW, le professeur Boubekeur allie ses deux fonctions en souplesse. Il le doit à la réussite d’une campagne électorale qui lui a valu la bagatelle de 40 sièges FLN contre 10 aux couleurs du RND, un parti avec lequel il s’était marié comme en deuxième épouse. Deux seules formations politiques au sein de son institution, l’entente est parfaite. Deux sessions qui ont cerné les grandes priorités de la wilaya d’Oran, un wali d’une énorme générosité dans le travail, une transparence absolue, bref, le Président Boubekeur est gâté. Sa vie politique rejoint les paramètres de son passé actuel dans la médecine.
A savoir, la réussite.
Fayçal.H