lundi , 17 décembre 2018

«Etudes et diagnostic pour la propreté»

Les paroles s’envolent mais les écrits restent, ce qui devrait encourager ceux qui souhaitent un jour écrire l’Histoire urbaine contemporaine de la grande Cité oranaise oh combien maltraitée et trop longtemps prise en otage dans la spirale de la médiocrité et du laxisme indécent. Il y a déjà plus de huit ans, le 24 janvier 2010, un grand projet d’études a été annoncé en grande pompe au siège de la Mairie d’Oran. Un projet que l’on disait inscrit dans le cadre la coopération Algérie-allemande et qui avait pour but, en premier lieu, d’établir «un diagnostic objectif» de la situation de l’environnement et de l’hygiène publique dans le groupement urbain oranais». Ce projet, déclaraient les officiels de l’époque, devait permettre d’élaborer un «schéma-directeur de l’environnement» par un bureau d’étude allemand qui aurait sélectionné une équipe de 18 enquêteurs encadrés par des experts. Sans vouloir remettre en cause la bonne foi et la sincère volonté de quelques responsables chargés d’éradiquer le fléau de la saleté urbaine dans les grandes villes, il faut bien admettre aujourd’hui que cette opération «diagnostic pour la propreté» n’était plutôt destinée qu’à enfoncer des portes ouvertes et à nourrir le registre des éternelles illusions. En réalité, ce projet avorté de «schéma-directeur de l’environnement» mené en partenariat avec les allemands, a été lancé à Oran, retenue comme ville pilote, tant il est vrai que la capitale de l’Ouest était à l’époque, la ville la plus critiquée en matière d’hygiène et de gestion de déchets urbains. Il faut dire qu’en ce domaine, rien ou peu de choses ont changé. En l’espace d’une vingtaine d’année, pas moins d’une demi-douzaine d’études et autant d’autres initiatives ont été menées, en vain, vouées à l’échec en raison des multiples carences et défaillances d’un système local connu pour son déficit de compétences et ses sublimes incohérences. On ne peut assoir une organisation et un modèle de fonctionnement d’une mission municipale, aussi bien étudiée soit-elle, sur un tissu social déstructuré et atomisé par des pratiques, des comportements et des mentalités indignes des règles élémentaires du vivre ensemble. Un peu à l’image du transport urbain et du plan de circulation d’Oran qui peinent à trouver une issue heureuse. L’hygiène publique et l’entretien du cadre de vie demeurent pénalisés par le grave déficit de responsabilité citoyenne et d’adhésion à un projet collectivement partagé et légitimement revendiqué. L’Etat, dit-on souvent, a depuis l’indépendance failli à son rôle et devoir d’éducation et de formation en ce précieux domaine de la culture civique et du respect de la chose publique. Sous d’autres cieux, jeter un mégot de cigarette sur le trottoir, est un geste interdit, non seulement par le règlement, mais par la majorité des citoyens qui interviennent ne serait-ce que par leur regard choqué et réprobateur. Mais c’est là un autre débat.

Par S.Benali