vendredi , 23 août 2019

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Incendies de forêts: Qui a intérêt à entretenir ces écrans de fumée ?

Les feux de forêts se poursuivent. Toujours digne et moulé dans son caractère pacifique, le Hirak ne s’érode pas. A ce jour, nul ne sait exactement comment ces deux problématiques vont évoluer. Seule évidence, des efforts et de la mobilisation à tous les niveaux s’acharnent à contenir ces deux brasiers. Sauf qu’aujourd’hui, ce sont les incendies qui troublent le sommeil des riverains et des hauts responsables en exercice.
Les forêts ont été les premiers temples de la divinité et les hommes y puisent leur bonheur. Aussi, les voir brûler avec l’intensité de ces dernières semaines, suscite appréhensions et interrogations. Lorsque des périmètres entiers mitoyens de la présence humaine s’enflamment sans raison apparente, tous les doutes sont permis. Le premier concerné en personne, Ali Mahmoudi, le Directeur Général des Forêts, affirme que «95% des départs de feux sont le fait de l’élément humain». Sont-ils tous accidentels ? Et lorsque ce commis de l’Etat précise que 38 willayas du pays ont été touchées par les incendies, on perçoit bien sa colère et  l’anxiété. Au total et à travers le territoire,  plus de 9.004 hectares ont été ravagés par les flammes depuis le 1er juin dernier. Une énorme cicatrice pour notre environnement engendrée par 1246 foyers, «allumés en majorité par les activités humaines; 5% sont liés aux changements climatiques, de quoi désespérer de la conscience et du patriotisme des pyromanes qui se reconnaissent entre les agriculteurs qui alimentent les sols en nutriments et autres produits chimiques inflammables, les vacanciers qui abandonnent sans scrupules leurs barbecues en pleine forêt, aux éleveurs pastoraux et aux citoyens irresponsables qui abandonnent à la nature leurs détritus alimentaires. L’administration compétente est arrivée à enregistrer 27 nouveaux incendies en une journée. Et dans ce macabre bilan, on s’inclinera devant la willaya de Tizi-Ouzou, celle qui paye aujourd’hui le plus lourd tribut.
  Dans la perspective de l’Aid El Adha, les fabricants de charbon opèrent sur les massifs de chêne, laissant derrière eux de graves dangers, ne contrôlant jamais le feu déclenché dans leur charbonnière traditionnelle qui s’embrase, et la forêt avec. Terrifiant ! Par ailleurs, on se demande encore comment l’homo-sapiens qui aurait allumé un feu, par inadvertance ou par préméditation, pourrait dormir tranquille. Convaincu de cette trouble réalité, le locataire de la Direction Générale des Forêts se résout à porter plainte contre X. Peut-être que cet effet d’annonce dissuadera les familiers des espaces forestiers à se retourner derrière eux, plusieurs fois qu’une, avant de quitter les havres de santé qu’ils viennent de souiller. La déliquescence de l’environnement atteint la démesure. Ceux qui marchent dessus devraient se regarder chaque matin et soir dans leur miroir: ils comprendront leurs gestes de criminels envers la Nation. Le plus grave, c’est que beaucoup d’entre eux rejoindront et saliront  les magnifiques manifestations du Hirak, chaque vendredi de conviction politique et de noblesse.
Ce tableau nous ramène forcément au sinistre panorama de nos forêts brûlant à large échelle l’été 2017. Une séquence inoubliable, durant  laquelle 31.941 hectares sont partis en fumée. Outre les arbres forestiers proprement dits, des milliers d’oliviers, d’amandiers, d’abricotiers, de poiriers, de pêchers, de néfliers et de figuiers avaient péri sous la puissance des flammes. Un cheptel ovin, bovin et caprin décimé, ainsi qu’un énorme potentiel de ruches d’abeilles réduit en cendres. Pendant plus de 6 semaines et jusqu’au 17 août 2017, d’imposants et de très savoureux espaces forestiers de Skikda, Bejaia, Guelma Tizi-Ouzou, Annaba, El Tarf, Médéa et Jijel, se sont transformés en épouvantails surgis d’un film cauchemardesque. Et l’on passe souvent sous silence, aujourd’hui comme en 2017, la disparition de plusieurs centaines d’animaux sauvages et de gibiers. Sans compter la destruction de très nombreuses habitations forestières.
Le cas algérien est ainsi très symptomatique de la situation qu’affrontent l’ensemble des régions méditerranéennes, sous la forme d’un scénario sans cesse recommencé: contrairement à ce qu’il est courant d’entendre dire, les grands feux et les années noires ne sont pas un problème récent. En Algérie également, l’examen des statistiques démontre non seulement qu’autrefois les boisements brûlaient aussi, mais encore, que les superficies parcourues, étaient légèrement supérieures à celles d’aujourd’hui, dans les limites de la comparabilité des données. Cependant, la pression démographique et l’interpénétration croissante des espaces forestiers et de l’habitat font que les enjeux s’accroissent considérablement. La fréquence des mises à feu n’a cessé d’augmenter à travers le temps, avec un nombre annuel de feux quatre fois plus élevé que pendant la période coloniale, dépassant pour les trois dernières années 3 500 feux/an.
Seul le déploiement croissant de moyens de lutte permet la stabilisation des superficies incendiées. Mais, malgré le dévouement des agents sur le terrain, lorsque les conditions météorologiques sont particulièrement défavorables, la multiplication d’éclosions simultanées accroît le risque de dérapage et de développement de grands incendies. Les progrès de la lutte permettent donc de limiter les surfaces incendiées malgré l’augmentation des éclosions, sans pour autant empêcher la survenue d’années noires liées au développement de grands incendies. Ce à quoi, il est répondu par un nouveau renforcement des moyens disponibles: une année catastrophique entraîne immédiatement la mobilisation de moyens et le renforcement des mesures de lutte. Notamment celles de l’action préventive et du renforcement des moyens lourds, terrestres et aériens.
Entre temps, faut-il donc interdire au citoyen les accès vers nos poumons de verdure et d’air pur ? Le constat est amer. Qui a intérêt à entretenir ces écrans de fumée ?
Par Fayçal Haffaf