dimanche , 15 décembre 2019

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Jusqu’où iront les Haddad du passé et du présent ?

L’Algérie profonde le sait et s’en remet quotidiennement au bon Dieu: les hommes d’affaires s’enrichissent de la misère des autres, sans états émotionnels. La tendance relève de la préhistoire, sauf qu’avec les affaires spectaculaires de Khalifa dans les années fin 80-début 90, celles de Rebrab en 2015 puis de Haddad cet été 2017, il s’avère que ces empires financiers bâtis sur le clientélisme et le déni autorisé des règles institutionnelles sont, pour l’économie nationale et pour la naïveté de la population, aussi toxiques que les maladies. Ici plus qu’ailleurs, dans le monde des affaires, plus ils sont connectés, plus ils se moquent des lois de la République. Ce n’est donc pas un hasard si les malversations économiques contre l’Etat et donc le peuple, rejaillissent de manière cyclique.
Mais combien sont-ils ces business men locaux et offshore à narguer notre pays et nos institutions souvent désarmées face aux connivences de ces acteurs avec l’autorité politique ? Ceux qui alimentent le show médiatique d’une cuvée à l’autre, ne constitueraient qu’une frange infime des trapézistes des prêts bancaires, du détournement, des domiciliations fictives, de la surfacturation et du monopole des marchés publics. Ces experts en sauts d’obstacles, ne connaissent pas de limites à leurs excès. Et c’est tant mieux, parce que nous ne n’aurons jamais la latitude de mesurer l’ampleur de leurs dégâts, ni la dimension de leurs aptitudes à valser entre les apparences d’homme exemplaire, modèle, malhonnête, donneur de leçons ou encore de figure emblématique de la société algérienne. En somme, cet épisode du président du FCE ne se dépare point des savoureuses histoires du passé. Comme ses antécédents, il s’inscrit plus du politique que de l’assainissement du climat des affaires, celles qui n’en finissent plus, qui résistent au temps par la force de la nature.
Les pages de «Panama Papers» regorgent de comptes inédits algériens. Haddad, Bouchouareb et tous les autres n’incarnent que des cas qui ne sont pas isolés, subitement exposés pour nous fixer que sur ces visages médiatisés en fonction des circonstances.
A titre d’illustration, en septembre 2016, nos confrères du «Monde» évoquaient la présence dans le club des fortunes douteuses d’un fabricant algérien de lait en sachet, Zoubir Brerhi, 74 ans et de son fils Jawed 45 ans. Selon les investigations du quotidien parisien, cette famille avait gonflé les factures de leur poudre importée de l’Ukraine depuis 2009. Entre 2007 et 2009, les opérations d’importations avaient été réalisées par la société Liko des Brérhi, totalisant 4080 tonnes pour une valeur de 22 millions de dollars. Soit 5400 dollars la tonne, le double du prix du marché en 2009. C’est un repère parmi d’autres aujourd’hui disloqué dans le temps, celui de gonfler le maximum de factures pour engranger à la fois profits et subventions.
Toutes ces séquences sordides précédent le dossier Haddad nous agresse et attaque le moral des citoyens. Il ne s’agit ni plus ni moins que le fruit vénéneux d’un enchaînement d’erreurs accumulées par les pouvoirs successifs. Des erreurs validées par les relations entre les astres inavoués des affaires et des cercles opaques des décideurs politiques. Dans cet acte 2017 d’une autre invective contre un homme d’affaires jusque-là tellement proche du pouvoir, en a oublié les règles administratives qui pourtant régentent toutes nos activités économiques.
Haddad serait donc un habitué de l’offense, étant convaincu que tout, peut être, lu est dû ? Entre temps, le malaise ressenti dans la rue, la méfiance réanimée envers les derniers responsables de l’exécutif, le scepticisme envers la situation économique, refont surface.
Seule, la décision déclarée du président de la République de déclarer la guerre aux affairistes non intègres, irrigue désormais le moral de la société civile. Car, en embuscade de tous ces dépassements, de ces entorses protocolaires et des manières rustres qui se répètent sans scrupules et à la face du monde, l’extrémisme religieux sourit…

Par Fayçal Haffaf