mardi , 25 septembre 2018

REGARDS SUR L’ALGERIE:
LA BANQUE MONDIALE S’OPPOSE AU FMI

Entre Christine Lagarde, la patronne du Fond Monétaire International et Jim Yong Kim, le président de la Banque Mondiale depuis 2012, il existe une différence génétique : l’ex Ministre française de l’Economie des Finances et de l’Industrie préfère et privilégie la dépendance des Etats à son organisme oligarchique par rapport à des solutions en interne. Tandis que le médecin américain d’origine sud coréenne, lauréat des trois plus prestigieuses universités de la planète dont Harvard, prône l’accompagnement des systèmes économiques qui se retrouvent subitement à la croisée des chemins. Et surtout, lorsqu’il s’agit d’un contexte compliqué qui s’installe dans la durée.

Depuis juillet 2016, Christine Lagarde couve son second mandat à la tête du FMI en se demandant pourquoi l’économie algérienne n’a toujours pas implosé. Ses experts avaient annoncé l’effondrement, en se basant de manière simpliste sur l’assèchement des recettes emmagasinées dans le Fond de Régulation des Recettes. Le FMI excelle dans le raccourci, apparemment pressé de voir un pays comme l’Algérie s’affaisser tel un château de sable. Deux encablures plus tard, le 13 juin 2018, l’institution de Christine Lagarde persiste et signe, convaincue des extrapolations de ses spécialistes, dont certains activent intra muros : ces derniers nous promettent une hyperinflation à 5,6%, plus une dette publique intérieure étouffante, bref, des indicateurs rouges pour s’en référer aux pompiers de service du FMI. Ceux qui n’attendent que les cas de catastrophe économiques pour proposer les premiers emprunts extérieurs. A croire que ces mécanismes étaient pratiquement prêts et n’attendaient que l’appel d’urgence du gouvernement algérien pour les déployer. Et de se mettre à la solde de ses services.
Or, Ahmed Ouyahia et ses collaborateurs avaient depuis des mois anticipé sur la digue à dresser contre la tempête et l’érosion des finances. Le recours au financement direct du Trésor auprès de la Banque d’Algérie, autrement dit la mise en branle de la planche à billets, relevait d’une décision souveraine contre laquelle le FMI s’était insurgé. 3500 milliards de dinars équivalents à 30 milliards de dollars auront donc servi aux chapitres des salaires, du Fond National d’Investissements alimentant et relançant des projets de développement laissés en berne et assurant l’accès aux biens d’équipements. Aujourd’hui, s’il s’avère encore prématuré de tirer les enseignements du choix au financement non conventionnel, les timoniers à la barre auront incontestablement évité la dérive et maintenu le navire sur sa trajectoire arrêtée à l’automne 2017. Les réserves de change ont fondu de 17 milliards de dollars mais demeurent acceptables, comparativement aux difficultés encourues. L’Algérie ne figure dans aucun club de pays endettés mais tous les experts conviennent de l’urgence à maintenir l’action de l’assainissement progressif des finances publiques sans recourir à la banque centrale, mais en s’appuyant à d’autres mécanismes de financement à l’instar d’accords-cadres entre le privé et le service public dans le développement des projets structurants. Une force qui ne s’est jamais réellement révélée ou épanouie sur le terrain, au contraire des pays émergeants qui se fondent tous dans le partenariat gagnant entre les deux parties. Enfin, le mot clé des professionnels qui scrutent le paysage économique de l’Algérie, l’ajustement dans le taux de change.
Sinon, des améliorations engendrent quelques sourires dans l’atmosphère ambiante de l’économie. Mais personne ne s’aventurerait à se gargariser du travail de soutien réalisé jusque là par les responsables aux commandes. Le FMI lui, aura manqué sa cible, celle d’entrainer notre pays dans le bréviaire des nations endettées et de s’en remettre qu’aux couloirs de Bretton Wood. Comme quoi, Richelieu, ce Ministre de Louis XIII que la première Dame du FMI connait bien avait raison : « le pire conseil qui puisse être est de ne s’arrêter à aucun d’eux », avait- il recommandé.
En s’éloignant des lianes du FM, l’Algérie a évité la récession économique que cette entité lui promettait sauf endettement extérieur. Si la planche à billets n’a pas tout réglé, l’embellie des prix du pétrole intervient pour rebondir et confirmer les trajectoires empruntées par l’exécutif. Il ne s’agit plus depuis longtemps d’éblouir, mais de convaincre. Effectivement, l’Algérie a suscité l’étonnement et le respect de l’autre antre de la finance internationale, la Banque Mondiale. Les colosses du président Jim Yong Kim se rejoignent dans le constat établi ce début septembre 2018 : « l’Algérie a eu raison de ne pas recourir à l’endettement extérieur, vu qu’elle dispose de suffisamment de financement pour subvenir à ses besoins budgétaires » affirmait depuis Alger le vice président de cette institution chargé de la région MENA, Ferid Belhadj. Le représentant du président Jim Yong Kim a reconnu « la pertinence politique et économique engagée par les autorités algériennes. Avec ce mot qui rassure et jette une embellie sur la déprime : « l’Algérie est dans la bonne direction ». Pour la Banque Mondiale, « le modèle économique algérien mis en place en temps de crise pourrait être appliqué à d’autres pays en situation difficile, en y intégrant des adaptations ». Une référence ? Non, pas encore. Parce qu’il persiste bon nombre d’imprévus dont la concrétisation de « l’après pétrole », un slogan qui sonne toujours faux. Et par conséquent, ces étapes et ces avertissements devraient commander aux autorités compétentes de travailler dans ce sens.
Comme si tout ce qui menace nos lendemains, est la perspective la plus naturelle à prendre quotidiennement en considération.
Par Fayçal Haffaf