vendredi , 23 août 2019

La culture du ghetto et de la régression

Constat: Dans presque la majorité des grandes zones d’habitat collectif, des plus anciennes au plus récentes, notamment les nouvelles cités de recasement implantées à la périphérie d’Oran, on assiste de plus en plus à l’installation d’un climat urbain marqué un début d’anarchie et de non-droit propre aux cités-ghettos de certaines banlieues gangrenées par bon nombre de fléaux. A la sortie Est de la ville d’Oran, et sur le territoire de la commune de Oued Tlélat, la très forte concentration d’immeubles construits pour le recasement des familles évacuées des bidonvilles ou squattant le vieux bâti menaçant ruine, a depuis quelque temps commencé à produire ses effets pervers sur ces nouvelles zones d’habitat.
Des observateurs avertis, signalent que certaines cités, regroupant des recasés des vieux quartiers de Sidi El Houari, El Hamri et de St Pierre, et d’autres familles venues de divers horizons pour squatter un bidonville, sont déjà le terrain de flambée de délinquance et de violence observée à différents endroits. Beaucoup, à tort ou à raison, n’hésitent pas à qualifier ces nouvelles cités-dortoirs de «zones de repli» privilégiées par des bandes mafieuses de toutes sortes et de toutes envergures. Selon un spécialiste de la mobilité et du déplacement de population, le phénomène était prévisible. Tant il est vrai que le transfert des populations à recaser devait fatalement se conjuguer à un déplacement de foyers traditionnels de délinquance connus et plutôt bien cernés dans les anciens quartiers oranais.
Par ailleurs, le phénomène ne pouvait que s’aggraver suite au déficit connu en matière d’études et de maturation de ces projets d’habitat dépourvus le plus souvent, de structures sociales d’accompagnement les plus élémentaires. Un peu à l’image de toute la zone d’habitat allant du quartier HLM jusqu’aux cités proches de l’Université USTO et qui des années durant ne disposait même pas d’un bureau de poste ou d’un lycée. Avec une population estimée aujourd’hui à plus de 80 000 habitants, cette zone est bel et bien une nouvelle «Commune» assise à cheval entre Oran et Bir El Djir, et dont les habitants ne savent parfois même pas à qui ils sont administrativement rattachés.
A défaut d’encadrement social susceptible de forger la notion de citoyenneté devant organiser la vie en communauté, on assiste ici à une hallucinante dérive où tous les interdits semblent permis. Au pied des immeubles, les grillages, les palissades et les extensions hideuses et illicites des appartements sur l’espace public, sont aujourd’hui un décor banal, voire normal, qui ne choque et ne dérange personne… Avec le temps, les nouvelles cités de logements sociaux dédiées au recasement, risquent fort de connaître les mêmes aléas et les mêmes fléaux forgés par l’absence de l’Etat et la culture de la régression…

Par S.Benali