mercredi , 1 avril 2020

Communication et information:
La fin des pratiques étrangères à la profession et des forces suspectes

Ce qui est vrai à la lampe n’est pas toujours vrai au soleil. On a beau dire que les métiers de la presse indépendante ont évolué,  que la modernisation dans la production et la gestion les a enrichi,  que cette activité s’est structurée et que les récentes enseignes opèrent en phase avec les réglementations en vigueur les a immunisé, une rencontre avec le ministre de la Communication vous rappelle à une autre réalité. Moulé dans sa philosophie de liberté objective de presse et de l’opinion, le ministre de la Communication  se révèle un partisan convaincu de la syndicalisation de la profession. Le motif nodal de  l’échange avec les journalistes, mardi dernier à Alger.
 Chargé par le Président de la République  de relever l’image de ce secteur, Ammar Belhimer n’arrête pas de côtoyer et d’écouter ses confrères. Mais, à l’évidence, il ne s’attendait point à découvrir un secteur aussi infesté de problèmes. Il n e s’est pas gêné  par exemple de dévoiler les « zones d’ombre qui empestent la famille des médias », certainement depuis longtemps, avec le jaillissement des analphabètes  fortunés et  des opportunistes qui ont envahi  un terrain qu’ils percevaient comme une machine increvable de billets de banque. Triste et dur constat. Aussi, s’imposera-t-il  l’œuvre d’assainissement de notre univers journalistique. Il entend rapidement  concrétiser le plan de l’exécutif de doter la presse algérienne de professionnalisme et de responsabilité, d’inculquer une relation de travail permanente assainie et débarrassée d’intervenants occultes n’appartenant pas à la famille des médias. Ammar Belhimer crève l’abcès des zones d’ombre, affirmant qu’ « on ne sait souvent rien des entreprises qui se sont introduite dans ce métier ». Une référence au passé récent dans lequel  les usurpateurs  autorisaient l’incroyable et l’extrême. Certains titres surgissaient du néant, de nulle part, sans cordon ombilical avec les qualifications des métiers de la presse.  Le culot et les relations tissées par l’ex système avaient transformé, avaient confiné la presse dans un commerce vil et outrancier. Indubitablement, le moment est venu pour sonner le nettoyage d’un secteur névralgique dans la diffusion de l’image du pays, à l’interne comme à l’international.
Pragmatique et ferme, le porte parole du gouvernement semble avoir sérié le diagnostique, d’où ses deux priorités rendues public : conduire la corporation des médias privés à exercer à travers la signature de conventions de branche se rapportant aux conditions de travail et sociales des journalistes. Secundo, sortir des fameuses zones d’ombre pour débarrasser le secteur des forces n’ayant aucun rapport avec le journalisme. On constatera qu’en fait, les rencontres que multiplie Ammar Belhimer avec les professionnels  participent des engagements du Président Abdelmadjid Tebboune, exprimés lors de sa campagne, sur l’urgence de revenir à une « presse libre et professionnelle, sans restriction ».
Autre nouvelle  idée qui s’ajoute au plan d’actions du ministre de la communication, instaurer un partenariat entre les patrons de presse et la tutelle, de l’interactivité. C’est un label inédit qui le démarque, soucieux de coopérer avec les opérateurs pour « ancrer ensemble les bases d’une presse libre, organisant en commun la profession afin de l’extirper de l’anarchie et de l’immobilisme qui l’ont pénalisé du fait d’un lourd héritage…. ». Une mention directe sur les intérêts illégaux et autres fléaux qui avaient gangréné les métiers de journalisme durant les années de plomb. Dans le même ordre d’esprit, rompre totalement avec les gestions antérieures, qui certes, n’ont jamais nettoyé, développé  la presse algérienne vers des critères internationaux. L’Autorité de Régulation de l’Audio-visuel par exemple, qui n’aura jamais pesé sur les incidents générés par les chaînes de télévision  indépendante, un organe totalement passif  et  inutile qui va disparaitre pour céder la place à une autre institution, ainsi que le projet de l’Autorité de Régulation de la Presse Ecrite, un fantasme qui n’existe nulle part dans le monde. L’annonce par Ammar Belhimer de la création d’un « Conseil National de la Presse chargé de l’éthique professionnelle, de la délivrance de la carte professionnelle et de la Médiamétrie intervient pour sonner le glas des vieilleries. En attendant le nouveau code de l’information,  la grande nouveauté  du paysage journalistique et de la communication en Algérie.
Il était temps de nous libérer de tout ce qui distille un sentiment de honte, de  ridicule et d’embarras.
Par Fayçal Haffaf