dimanche , 17 novembre 2019

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La fin d’une courte parenthèse

Huit mois et s’en va. Mouad Bouchareb n’aura pas fait long feu au perchoir de l’APN. L’homme qui s’est vu propulser au très convoité poste de troisième personnage de l’Etat le 24 octobre 2018, après le putch orchestré contre son prédécesseur Said Bouhadja, a fini par céder face aux attaques et pressions de ses propres frères du parti du FLN.
La pression s’est accentuée de manière remarquée depuis la désignation de Mohamed Djemai au poste de Secrétaire général de l’ancien parti unique. Depuis, Mouad Bouchareb n’a eu aucun moment de répit. Les attaques au niveau de l’hémicycle étaient quasiment ininterrompues. Ses adversaires avançaient comme premier leitmotiv de leur agitation le fait que c’est là l’une des revendications du hirak qui veut la tête des fameux « B » qu’il considère comme les résidus de l’ancien système du président Bouteflika. Et c’est en toute logique que le « B » Bouchareb part après le premier « B » de Belaiz, ancien président du Conseil constitutionnel.
Bouchareb, que les Algériens ont découvert presque par effraction, s’est illustré par deux dérapages majeurs qui ont terni son image auprès du peuple. La première fois lors d’un meeting mémorable à Oran où son discours a été très critiqué et le second à la coupole où il devait annoncer la candidature du président Bouteflika à une cinquième mandature. Pour les nouveaux maîtres du FLN, il devenait urgent de sacrifier l’homme pour sauver le parti. A leurs yeux, le désormais ancien président de l’APN s’était trop affiché aux côtés des pontes de l’ancien régime et risquait d’emporter avec lui tout le parti. La première étape pour redonner une seconde virginité au FLN passait inéluctablement par l’éviction de cet homme devenu trop encombrant pour les nouveaux décideurs du vieux parti.
Il est une première fois éjecté de la tête du parti, avant que ne vienne, hier, son éjection du haut du perchoir de l’APN, après que le collectif de présidents à l’Assemblée lui avait intimement donné l’ordre de « déposer sa démission immédiatement ». Ce communiqué qui a été signé par sept présidents de groupes parlementaires, cinq vice-présidents de l’APN et six présidents de commissions permanentes, a sonné le glas pour l’enfant de Sétif, qui malgré quelques tentatives de résistance a fini par comprendre que la partie était belle et bien perdue.
Mais il reste à savoir si Mohamed Djemai, qui veut incarner la rupture totale avec l’ancien régime de Bouteflika pour sauver le très puissant parti du FLN, réussira dans sa manœuvre ou, comme le veulent certains cercles, finira par admettre qu’il est bien venu le temps de mettre l’ancien parti unique au musée.

Par Abdelmadjid Blidi