dimanche , 16 juin 2019

La «fuite» des compétences

A Oran, comme ailleurs, dans les grandes villes du pays, durant ces trente dernières années, un très grand nombre d’universitaires diplômés, ont déserté le sol national pour rejoindre d’autres cieux présumés plus «généreux et plus reconnaissants» envers leur mérite ou leur compétence. Certains, frustrés sans doute par une marginalisation injustifiée qui leur a enlevé toute possibilité d’accès aux postes d’encadrement ou de responsabilité, justifient encore leur départ par «l’inexistence de conditions favorables à la promotion et l’épanouissement des compétences». D’autres expliquent leur exil volontaire par l’état des lieux insupportable de l’environnement politique et social, marqué notamment par un égoïsme sans borne et une course effrénée à l’enrichissement rapide, dans tous les créneaux d’activité, même l’interdit ou l’illicite. Aujourd’hui, à l’heure où l’on s’interroge sur l’évolution du pays et de la société au lendemain du formidable élan populaire pour le changement et le renouveau, bon nombre d’acteurs connus dans les arènes locales, affichent sans vergogne leur opportunisme indécent et clament leur adhésion à la volonté d’assainissement et de rupture avec l’ancien système. Nourris au culte de la «notabilité» et des privilèges acquis par la grâce d’un statut usurpé, ils espèrent toujours garder leur place sur une scène nationale, politique et sociale, qui jusqu’ici ne laissait presque pas de place au triomphe de l’intégrité et des compétences. Même parmi nos intellectuels exilés, journalistes, historiens présumés, écrivains ou médecins, certains n’étaient en réalité motivés que par les opportunités et les perspectives d’intégrer des sphères d’expression très généreuses pour ceux qui soutiennent les courants de pensée occidentale les plus à la mode, allant de l’incontournable laïcité jusqu’au droit de «créer une famille» sans l’attribut de paternité. Sans parler de ceux qui ont «pondu» des livres sur la douloureuse Histoire contemporaine, en faisant passer leur fiction pour de la réalité. Ou encore ceux qui ont abandonné l’Hôpital de leur pays sous le fallacieux prétexte qu’ils ne pouvaient exercer dans les normes requises par la déontologie. Aujourd’hui, à partir de Paris, bon nombre de nos exilés exultent, ou s’apitoient sur un pays qu’ils ont choisi de quitter. Et on ne peut s’empêcher de ressentir chez certains émigrés bien installés, un soupçon de mauvaise foi dans l’exposé des motifs servant à justifier leur départ…

Par S.Benali