lundi , 17 décembre 2018

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La mémoire est une blessure ouverte

Ce mois de septembre n’aura pas seulement été synonyme de rentrée sociale et politique en Algérie, comme en France mais il a également été un moment où la mémoire collective de la guerre de libération est remontée à la surface par la volonté d’un homme, en l’occurrence, le président français, Emmanuel Macron. En reconnaissant la pratique massive de la torture en Algérie instituée en système légale, M.Macron n’a rien fait d’autre que de se rapprocher des propos que tiennent tous les historiens depuis plus de cinq décennies. Mais le geste présidentiel a résonné en Algérie et en France. Il s’en est trouvé dans ce pays, des intellectuels, des politiques et des historiens qui ont salué la décision du président français. Il y en a eu aussi des « petits » esprit qui ont considéré cela comme une autre capitulation de la France.
Vue d’Algérie, la question ne se pose pas du tout, même si la résonance de la reconnaissance d’Emmanuel Macron est parvenu jusqu’aux rédactions, voire dans les cafés. Les Algériens ne sont pas insensibles à ce qui vient de Paris mais ils sont d’une sensibilité propre aux vainqueurs. La révolution a atteint ses objectifs ; tout le monde le revendique en Algérie. Mais la guerre qui a conduit à la victoire, a été précédée par plus d’un siècle de sauvagerie coloniale.
L’Algérie commémorera dans un peu plus d’un mois, le 64e anniversaire du déclenchement de la révolution de novembre 1954. Ce sera l’occasion pour se rappeler qu’à l’origine de la guerre de libération nationale, il y avait une violence inouïe du système colonial français. Faut-il 64 années après, ressortir le sujet ? La réponse est bien entendu oui. Et pour cause, la France d’aujourd’hui continue de trouver quelques «qualités» à sa présence en Algérie.
Le pouvoir ne le dit pas à haute voix mais il est indéniable que la communication politique de ce pays n’est pas très nette, notamment sur la question des crimes coloniaux. L’on sent bien cette tendance à la « glorification » d’un passé pourri, non pas dans les discours des politiques, mais dans les travaux audiovisuels que l’on a produit tout au long des 56 dernières années. Les documentaires français sur l’ère coloniale tentent systématiquement de trouver des circonstances atténuantes. En d’autres termes, ils veulent bien reconnaître la cruauté du système colonial mais évoquent systématiquement l’alibi de la réaction à la violence révolutionnaire.
Le président Macron s’essaye, comme ses prédécesseurs, à cette gymnastique intellectuelle dont le seul objectif consiste à passer la « crasse » coloniale sous le tapis de l’histoire de France. Ce ne sera peut être pas lui, ni les réalisateurs du moment, mais viendra un jour où les Français réclameront la stricte vérité. Ce jour là, les nostalgiques de l’Algérie française seront démasqués. La mémoire est une blessure ouverte.

Par Smaïl Daoudi