lundi , 22 juillet 2019

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La mue

Au lendemain du Forum pour le dialogue national, les Algériens se réveillent sur l’état de leur pays. Ils savent que les compteurs tournent, que les réserves de changes fondent à vue d’œil et sont surtout conscients que la situation que vit leur pays ne saurait s’éterniser et conduire vers le chaos politique, économique et social. Il est donc tout à fait normal que l’on s’accroche à l’idée d’une présidentielle dans des délais raisonnables.
Cela étant dit, il y a lieu de s’interroger sur ce qui se fera avant, pendant et après l’échéance électorale. Il faut dire, à ce propos, que sur les 57 années de gouvernance, la seule constante de toutes les équipes qui ont dirigé le pays, quelque soit leur orientation politico-économique, est sans doute cet acharnement à apporter l’électricité, le gaz, le lait et le pain à un maximum d’Algériens. Peu importe le coût des opérations. On n’a jamais considéré, en haut lieu, qu’apporter la
« Civilisation » à tous les Algériens, c’est du temps et de l’argent perdus.
Nous tenons sans doute cette façon de voir les choses de la nuit coloniale. En un mot comme en mille, les indices de développement, les objectifs du millénaire et autres « bidules » socialisants sont la revanche des Algériens sur un colonialisme obscène qui les en a privés. Et en ce mois, synonyme de libération du peuple, Il est opportun de le rappeler.
Cette hargne à vouloir entrer dans le vingtième, puis dans le vingt et unième siècle n’est pas une lubie gouvernementale. C’est bien plus profond. Allez voir chaque Algérien, et il vous dira son droit à vivre décemment et disposer de tout, même du lait à 25 dinars le litre alors que le SMIG a augmenté plusieurs fois depuis la fixation de ce tarif.
La revanche sur le colonialisme est donc une affaire populaire. C’est « La Constante » qui traverse les générations et s’impose, cinquante années après, comme la seule « vraie » revendication du peuple, le « seul » cheval de bataille de l’opposition et le « seul » élément qui se veut positif des bilans des gouvernements depuis l’indépendance du pays. Cela nous a valu une espérance de vie très proche de celle des occidentaux, une jeunesse saine, éduquée et en bonne santé.
En fait, les objectifs du millénaire ne devraient pas être pour nous. Mais tant que nous ne parvenons pas à produire par nous-mêmes ce qui devrait faire notre bonheur, nous ne saurons pas en savourer les effets bénéfiques et continuons à « gueuler » juste pour exorciser notre ancien statut de colonisés. Mais le temps est venu pour les Algériens de muer, de se débarrasser de la veille peau d’anciens colonisés. Les indices de développement doivent être préservés par le seul génie du peuple. Cela s’appelle la légitimité populaire. En ce mois de la libération et malgré les dangers qui guettent, les Algériens sont armés de l’espérance d’un avenir sans les lourdeurs de l’Histoire…

Par Nabil.G