lundi , 22 juillet 2019

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La Palestine ne s’achète pas

Après 7O ans d’occupation de la terre palestinienne, de brimades et d’atteintes à la dignité d’un peuple moulé dans la Révolution des pierres, voilà l’illuminé Donald Trump qui sort de son chapeau un plan dont que seul pouvait l’imaginer: assurer une aide économique de 50 milliards de dollars sur 10 ans, exclusivement à Gaza et à la Cisjordanie. Le concept habituel d’un homme d’affaires expert en négoce et en trafic de tous genres. Lorsqu’en 2017, le patron de la Maison Blanche accusé par des médias locaux de trainer derrière lui 16 viols depuis les années 90, engage son gendre Jared Kushner pour dresser un plan de paix israélo-palestinien, la machine à remonter le temps s’était de nouveau enclenchée. Chefs d’Etat, hommes politiques, et observateurs revisitaient les trente ans d’enlisement diplomatique américain qui aura prévalu sur le terrain. Toutes les initiatives ne servaient que les objectifs de Tel Aviv d’éliminer les Palestiniens à petits feux. La Conférence de paix de Madrid le 30 octobre 1991, la rencontre d’Oslo le 13 septembre 1993, celle de Camp David du 11 au 25 juillet 2000, l’escale du 24 juin 2002 au cours de laquelle Georges W Bush avait évoqué pour la première fois de l’histoire «les deux Etats pour deux peuples vivant côte à côte» et enfin la tentative infructueuse de John Kerry de renouer le dialogue le 29 juillet 2013, toutes ces inspirations téléguidées par les Américains ne visaient qu’à protéger et couvrir Israël dans son déploiement sur les terres occupées.
Arrive donc l’atypique conseiller et gendre Jared Kushner. Pourquoi lui, un inconnu de l’univers politique et économique ? Parce qu’il incarne le produit du sionisme, «de ses grands parents survivants de la Shoah», rappelle les journalistes Caroline Hayek et David Nassar. Le nouveau play boy de la famille Trump n’est en fait que le rejeton d’un certain Charles Kushner, l’un des trois piliers de l’administration Trump, à savoir Jason Greenblatt, représentant spécial et avocat du président américain et David Friedman, fils d’un rabbin conservateur et fervent de la colonisation israélienne, aujourd’hui ambassadeur de Washington à….Qods. Nos deux confrères cités plus haut, précisent même que «Kushner père, Greenblatt et Friedman qui tissent des liens personnels et religieux avec Israël, ne tiennent pas compte des prérogatives du secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, agissant seuls dans le conflit israélo-palestinien». Comme quoi, dans sa gestion du dossier palestinien, Donald Trump ne jure que par les liens du sang.
 Forcément, d’une solution politique à deux Etats, sous les hospices de l’ONU, le plan se transforme par magie en aide économique de 50 milliards de dollars. La conférence de Bahrein vide de représentants européens, asiatiques et russes, rendue chétive par l’absence de nombreux chefs d’Etats arabes, pratiquement ignorée par l’ONU puisque représentée banalement par une secrétaire adjoint pour le Moyen Orient, Jamie Mc Goldrick, était condamnée à s’élever au rang d’un bide. Une fabuleuse enveloppe pour soulager les Palestiniens dans leur quotidien, les détourner de leur quête de souveraineté territoriale et annihiler leurs esprits sur les graves et historiques souillures de la ville sainte d’El Qods. Jared Kushner croyait-il vraiment à son projet d’acheter la Palestine ? Inexpérimenté et ne maîtrisant absolument pas les éléments historiques, politiques et géopolitiques de ce dossier, il se rend aujourd’hui compte que la Palestine n’a jamais mis genoux à terre, qu’elle ne sombrera jamais devant une poignée de milliards de dollars, que sa fierté que ses racines et que sa légendaire patience, que ses valeurs et défis transmis de génération en génération, anticipent naturellement toutes les espèces de cupidité et de ruse commerciale, dont celle que Donald Trump et son gendre viennent de tenter.
 Son architecte, Jared Kushner n’oubliera jamais l’affront des pays occidentaux, asiatiques ainsi que des dizaines d’hommes d’affaires annoncés. Quant aux Palestiniens qui l’ont dès le départ vivement rejeté, sortent terriblement grandis de leur position, celle de troquer la paix contre les milliards de la déchéance. Sans aucune allusion à un règlement politique, le plan du siècle de Kushner a donc viré au «fiasco du siècle». L’histoire de ce coin de terre millénaire risquait de se bouleverser, plus douloureusement.
Mais en homme d’affaires très averti, Donald Trump a tenté ce mercredi, de rattraper son frêle conseillé: il se déclare «favorable à une solution à deux Etats». Le premier scoop du genre depuis 30 ans. L’idée d’une résolution à deux pays est celle d’un Etat indépendant coexistant avec Israël dans la paix et la sécurité. Trump supplante son lièvre sorti de la conférence la queue entre les jambes en évoquant un Etat palestinien avec une frontière commune reconnue, dont la Cisjordanie et la bande de Gaza. Difficile à croire, puisque depuis son investiture, Donald Trump s’est évertué à rompre la solution derrière laquelle se rallie pourtant l’ensemble de la communauté internationale dite de «deux Etats pour deux peuples». Le plus curieux désormais, c’est d’attendre les réactions de Benyamin Netanyahou, ce Premier ministre qui a réussi un coup de force politique en interne incapable de former un gouvernement depuis deux mois et demi, mais décidant la dissolution de son parlement pour tenter de reprendre le pouvoir au travers d’autres élections législatives pour redompter la majorité. Netanyahou, le seul homme à privatiser les institutions. Ce qu’il tente aussi avec la Palestine.
Par Fayçal Haffaf