mardi , 7 avril 2020

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La Palestine, un Etat abandonné par les siens ?

Lorsque vous êtes soutenus par les maîtres du monde à l’étendard Amérique-Europe Occidentale,
Quand vous disposez de la bénédiction des armées les plus sophistiquées de la génération nucléaire,
Tant que l’ONU demeure otage d’un seul arbre nourricier devenu décideur inébranlable et ultime droit de regard dans les prises de décisions, autrement dit Washington,
Pendant que les forces américanos-sionistes veillent sur vous,
Alors là, vous pouvez assassiner les bébés, égorger des adolescents, fracasser les têtes de manifestants et tirer courageusement sur des handicapés. Les Palestiniens vivent un siècle maudit. Jour après l’autre, l’horreur d’une guerre et des transhumances des populations qui survivent au chaos ressassant cette question sans réponse: existe-t-il une justice dans ce monde ?
Mahmoud Abbès ne pensait pas si bien dire en affirmant après l’irrégulière et très fantaisiste décision d’élever Al Quods au rang de capitale de l’Etat hébreu que Donald Trump venait «d’ouvrir les portes de l’enfer». Un enfer bien évidemment dédié exclusivement aux Palestiniens, plus précisément aux habitants de Gaza. Ibrahim Abou Thouraya, déjà amputé des deux jambes suite à un bombardement israélien, manifestait depuis son fauteuil roulant sur la frontière entre Gaza et la bande occupée par Tel-Aviv depuis la guerre des six jours de 1967. Bombant le torse et sans même les pierres qui ramènent à la philosophie de l’Intifada, il fut criblé de balles dans la poitrine. Ibrahim avait 29 ans, célibataire et sans travail. Le lot de 90% des Palestiniens dont le seul métier consiste à sauver une patrie, leur état proclamé le 15 décembre 1988 à Alger.
Le lendemain de ce crime officiel abject, un policier malmène dans la rue un adolescent de 16 ans, le maintient sur l’asphalte et l’étouffe comme s’il s’amusait avec une poupée. Un acte inhumain qui confirme les aptitudes de haut vol des soldats et policiers israéliens à tuer en live tout ce qui tombe entre leurs mains.
L’mage fait le tour du monde mais n’en gêne pas moins Israël. Encore moins son mentor Donald Trump. Les services de sécurité de Tel Aviv ne se fendent pas la rate. A peine s’ils n’ont pas tué le ridicule en annonçant l’élimination de deux dangereux terroristes. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou décide de consoler le peuple palestinien en décrétant une enquête sur ces deux «incidents». La technique absolue de tout occupant, vieille comme le monde et que ses initiateurs croient pouvoir soulager les familles des victimes, voire atténuer les tensions.
Entre temps, le monde arabe et la nation musulmane réagissent comme de coutume en dénonçant le geste de l’imprévisible et aventuriste président américain. Des avertissements jaillis des salons feutrés qui servent au monde arabe de quartier général d’urgence et de stratégie politique. Hélas, pas de quoi pavoiser. Car, contre l’injustice et la hogra sans cesse réactualisée envers la Palestine, le monde arabo-musulman excelle par les mots. Notre référence dans le conflit israélo-palestinien, c’est la guerre des mots. Elle incarne l’arme la plus puissante, qui se destine aux sociétés académiques et culturelles pour affirmer une présence et sensibiliser de potentiels soutiens. Face à la violence du front israélo-américain en Palestine et dans tout le Moyen Orient, le front arabo-musulman procède par la guerre des mots. Une situation qui me rappelle ces audacieuses onomatopées médiatiques des Kasma FLN version 1060-70, qui condamnaient et menaçaient les Américains contre leurs attaques au Vietnam. J’en souris encore.
Après la guerre de l’eau, la guerre des couteaux, la guerre des manuels scolaires, lorsque les officiels israéliens et palestiniens se battaient pour que leurs élèves respectifs n’utilisent que leurs manuels spécifiques, la guerre de Gaza s’impose à l’éternité. De génération en génération, elle s’éternise jusqu’à verser dans la banalité dans le regard des autres. Et dans un sentiment d’impuissance pour les Arabes. Lorsque l’Etat hébreu arrive à interdire aux hommes de moins de 50 ans à accéder à AL Quods, c’est que Tel Aviv et Donald Trump traitent les Palestiniens «comme des moins que rien».
En 50 ans de guerre, les Palestiniens ont accepté toutes les concessions possibles et inimaginables. Le moment choisi par Donald Trump pour assommer le monde avec sa décision d’impérialiste et de dangereux aventurier, n’était en fait, pas fortuit. La solution ? Dieu seul le sait.
Par Fayçal Haffaf