mercredi , 11 décembre 2019

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La politique du pire

Le président américain n’a rien saisi de la complexité des dossiers du Moyen Orient. La légèreté avec laquelle l’administration américaine gère les complexes situations et conflits de cette région laisse les spécialistes sans voix et incapables de développer une quelconque analyse qui pourrait tenir la route ou expliquer le cap du locataire de la Maison Blanche.
On l’a vu déjà avec la décision injuste et irréfléchie du transfert de l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem. On l’a vérifié avec la légèreté du plan de paix du genre Jared Kushner qui a réduit l’un des conflits les plus anciens et le plus sanglant entre Palestiniens et Israéliens en une simple équation financière qui se limiterait à fourguer quelques millions de dollars aux Palestiniens pour qu’ils abandonnent leur terre, leurs idéaux et leurs revendications à un ennemi abject et sans aucune morale.
On l’a aussi vérifié dans le traitement de la crise du dossier nucléaire iranien, où Trump a caricaturé les données géopolitiques dans la région en un simple jugement de valeurs entre les méchants (comprendre les Iraniens) et les autres à savoir les pays du Golfe et les Israéliens.
Et comme si tout ce bazar ne suffisait pas, le voilà qu’il est à l’origine de la très controversée offensive militaire turque sur les terres syriennes pour « anéantir » les Kurdes. Des Kurdes qui, pourtant, étaient hier les premiers alliés des Américains dans leur lutte contre le groupe Etat Islamique, et qui se retrouvent lâchés sans autre explication du jour au lendemain.
Et comme le ridicule ne tue point, revoilà le magnat de l’immobilier qui propose ses services de médiation entre Ankara et les Kurdes après avoir menacé Erdogan et étalé une multitude de propositions insensées. Sa phrase sur le sujet restera, à n’en pas douter, légendaire dans les relations internationales et dans le règlement des conflits armés ; « Nous avons un des trois choix suivants : envoyer des milliers de soldats pour gagner militairement, frapper la Turquie très dur financièrement et avec des sanctions, et jouer les médiateurs en vue d’un accord entre la Turquie et les Kurdes ! ».
Autrement dit, tout et rien en même temps, est dit dans cette phrase qui renseigne sur le niveau atteint par la diplomatie américaine qui n’a jamais été aussi insignifiante que depuis l’arrivée de Tump aux affaires. Une insignifiance et une légèreté avec lesquelles on pourrait s’accommoder s’il ne s’agissait pas ici de la région la plus importante et la plus instable au monde, où les intérêts sont tellement multiples et imbriqués que tout peut exploser d’un instant à l’autre et engager le monde dans un labyrinthe sans fin de conflits armés.

Par Abdelmadjid Blidi