dimanche , 17 novembre 2019

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La route est longue, très longue…

L’Algérie sort d’une semaine particulièrement fournie en actualité politico-judiciaire, mais il n’est pas dit que cette page, «impressionnante» par sa charge historique, soit tournée. Bien au contraire, le pays est au tout début d’un long processus de déconstruction d’un système qu’il va falloir, non pas rénover, mais carrément mettre à plat pour en édifier un autre qui soit plus démocratique. Ainsi, après les deux ex-Premiers ministres, une partie non négligeable du personnel gouvernemental et de l’administration locale seront entendus par le juge enquêteur de la Cour suprême, à partir d’aujourd’hui. Les auditions courent sur plusieurs jours et à voir le nombre de ministres et autres walis, déférés devant les instances judiciaires, il y a lieu de s’attendre à ce que le feuilleton judiciaire dure très longtemps. D’autant que les dossiers, pour lesquels ils comparaissent, sont assez volumineux, en plus d’être complexes.
De fait, la saison estivale qui s’annonce déjà chaude au plan du climat, promet aussi d’être partiellement animée sur son volet politico-judiciaire. Les citoyens qui sortent chaque vendredi, par centaines de milliers pour réclamer un Etat démocratique, suivent certainement avec un grand intérêt le développement de la lutte contre la corruption, mais s’interrogent également sur l’avenir immédiat du pays, dont les élites ne parviennent toujours pas à esquisser un plan de sortie de crise recevable. Cela pour dire que la lutte est sur deux fronts, le premier conditionne le second et ce dernier ne saurait être mis sous le boisseau, pour sa grande sensibilité. Il faut bien noter qu’une entrée par la mauvaise porte dans la deuxième République risque de provoquer une reproduction du système finissant, avec sa clientèle, ses corrompus et ses institutions inopérantes.
Il est tout à fait admissible de renforcer la lutte contre les symboles du régime et de la corruption qu’ils ont généré, mais il est tout aussi essentiel de faire en sorte à parvenir le plus tôt possible à une issue démocratique à la crise, avec à la clé, assez de garanties pour ne pas replonger dans les travers du système, actuellement aux abois. En un mot, comme en mille, le combat n’est pas seulement judiciaire et certainement pas strictement politique. Les Algériens devront s’assurer de la bonne conduite des deux fronts. Cela s’appelle une révolution que l’on peut qualifier de sociétale. Il serait prétentieux de dire que l’on sourit aux portes de la victoire, tant que l’on n’aura pas vu les germes de la nouvelle République. Ces germes seront visibles dans le discours et l’attitude de chaque algérien. C’est dire que la route est encore longue, très longue…

Par Nabil.G