mardi , 7 avril 2020

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La transition énergétique version FCE-Sonatrach

Notre pays se réjouit-il de la présence d’entreprises privées pionnières dans les technologies des énergies  renouvelables au point que notre fierté nationale, Sonatrach, sollicite le FCE pour s’impliquer dans la production des énergies autres que l’électricité câblée,  le pétrole ou encore le gaz naturel ? Le Salon de trois jours dédié depuis hier mercredi à l’angoissante quête des solutions alternatives à nos bonnes vieilles et généreuses matières fossiles en extinction le laisse croire. Certes, émerge un embryon d’opérateurs spécialisés dans la fabrication des cellules photovoltaïques. Mais cette activité n’excédant pas l’embryonnaire, cette autre rencontre entre les acteurs historiques de ce secteur, ceux du service public et leurs homologues du privé ne générera pas de résultats spectaculaires. On appréciera la forme, parce que les accords-cadres entre les partenaires du privé et du public qui formatent le développement  économique de tous les pays depuis la nuit des temps, deviennent en fin un phénomène de mode dans notre paysage politique. Mieux vaut tard que jamais.
Voici donc une nouvelle imbrication qui a le mérite d’exister. Même si ces retombées se limiteront à un effet d’annonce. Les quelques téméraires qui investissent dans le créneau des énergies renouvelables, découvrent seulement un univers jusque-là fermé et étriqué, auquel les pouvoirs publics confortablement assis sur la manne pétrolière n’accordaient qu’un regard poli. C’est l’histoire qui se répète, celle de l’urgence de l’après-pétrole suspendue dans les esprits depuis les années 90, jamais déclenchée à bras le corps, jusqu’au jour où la crise ouverte s’est invitée en Algérie. Dans toute stratégie, la forme est essentielle et absolue. Celle du recours au privé pour enfin ébranler l’arbre de l’énergie renouvelable jaillit aujourd’hui des entrailles.
Pour s’éclairer et alimenter la gigantesque machine du développement sans le pétrole, l’Algérie en est encore à une feuille de route. Pour sortir du vieux refrain de «la dépendance aux hydrocarbures» et rentabiliser ce que le bon Dieu nous apporte quotidiennement: le soleil et les vents. Autrement dit ne plus s’appuyer sur une énergie «mono source», pour reprendre la terminologie des spécialistes. Pourtant, l’Etat s’était engagé depuis 2010 sur l’autoroute du renouvelable, une stratégie motivée par l’immense potentiel énergie solaire. Les premiers panneaux photovoltaïques, innovants, esthétiques et surtout au faible coût de maintenance, ont pris la place des pylônes et des raccordements aux réseaux électriques, cependant à la vitesse d’un handicapé. Dans les tiroirs du gouvernement, ces projets sont conçus pour atteindre une capacité d’énergie de 800MWc d’ici 2020, avec des prévisions de production de 200MWc par an sur la période 2021-2030. Compte tenu des retards accumulés sur l’avancement de ces actions, il n’est pas certain de boucler ce seuil. Dans le registre de l’énergie solaire thermique, plus connu sous le nom de CSP, «Concentrating Solar Power», deux projets pilotes d’une puissance de 150 MW chacun, devaient être réceptionnés entre 2011 et 2013. Au total, sur la période 2016-2020, quatre centrales solaires thermiques devraient être mises en service. Et mieux encore, ce programme vise à installer chaque année, et ce, jusqu’en 2030, des unités de 500MW à l’horizon 2023, plus des unités produisant 600MW entre 2023 et 2030. Sur l’éolien enfin, l’Algérie ne peut se comparer aux nations qui ont très tôt et grandement investi dans cette source d’énergie. A peine si nous avons édifié une ferme éolienne de 10 MW dans la région d’Adrar en 2015, alors que deux autres d’une puissance de 20 MW devaient être aménagées sur des sites environnants.
La transition énergétique version FCE-Sonatrach, aura donc du pain sur la planche. Au moins pour effacer des mémoires le controversé mégaprojet Désertec resté sans suite. Nous sommes en plein après-pétrole, au cœur de difficultés financières objectives qui s’installent dans la durée et des énergies fossiles qui se contractent. Personne n’a le droit à l’erreur. L’actuelle forme du partenariat prend une énorme consonance. C’est elle qui va, désormais, tout déterminer.
Par Fayçal Haffaf