lundi , 17 décembre 2018

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L’ALGERIE DU FOOTBALL, PAS ENCORE INSTALLEE DANS UN FLEUVE TRANQUILLE

Ni optimisme, ni appréhension : cette mouture 2018-2019 de l’équipe nationale de football n’a rien distillé aux regards pointilleux des analystes. Seule impression unanime dans l’espace algérien, cette sélection souffle le froid et le chaud, non pas d’un match à l’autre, mais au cours d’une seule parade. Ce qui dévoile l’ampleur du travail qui interpelle le coach Djamel Belmadi.
Constellation de professionnels de haut niveau, et donc censés maîtriser les fondamentaux du haut niveau et de la culture tactique, l’actuelle version de l’EN a diffusé le long de ses deux premières exhibitions africaines, une désagréable sensation d’approximations et d’individualisme. On ne fera pas un fromage de la moyenne prestation de Blida contre le Bénin, mais le second round de Cotonou apostrophe violement les capés de Belmadi par la faiblesse de leur jeu individuel, l’absence incroyable de lucidité, l’abus intolérable de dribbles pour 80/% d’entre eux et plus grave, cette anesthésie offensive qui contamine du reste toutes les « vedettes » du onze national pourtant rompues aux techniques de la percussion au sein de leurs championnats étrangers. Des stars mondiales comme Mahrez et Brahimi ont passé leur temps à s’emmêler les pinceaux et à perdre pratiquement toutes leurs balles aux confins des périmètres de vérité. Côté compartiment défensif, Djamel Belmadi en personne s’interroge sur la léthargie collective mise en exergue par la double confrontation Algéro-béninoise. En décomposant les gestes et comportements ayant conduit au but du doyen du match Stefane Sessegnon, cette évidence s’installe dans les esprits, celle de dépoussiérer en profondeur ce registre sensible et de se retrancher les manches pour récupérer les paramètres du placement, de la cohésion, de la concentration et de la relance. Nulle allusion ni condamnation du choix des acteurs alignés à Blida et Cotonou.
Le mal réside dans l’entente, l’anticipation, la vitesse de réaction et la relance. Parti du couloir gauche, le béninois a provoqué Bensebaini et Ghezzal accouru à la rescousse avant d’enchaîner avec un ballon pas du tout dangereux au départ sur le point de pénalty. A ce moment, Bentaleb qui rodait dans cette zone comme un fantôme et Guedioura toujours aussi maladroit et errant ont été surpris par un jaillissement d’Almeida qui ne croyait pas ses yeux de se retrouver complètement isolé pour pousser le ballon dans les filets de M’Bolhi. Une séquence significative des retards cumulés dans l’organisation de l’arrière garde de la sélection.
L’autre énorme problème qui influe sur les prestations des Fennecs, ce fameux milieu de terrain surchargé de noms respectables qui font les beaux jours des clubs étrangers mais qui rassemblés sous le drapeau national, l’animent piteusement. Autant à Blida qu’au Bénin, l’entre jeux algérien dérivait inexorablement vers le jeu personnel et l’exagération de ballons offerts à l’adversaire. A Cotonou, notre sélection a signé sa première attaque placée à la 75ième minute du match. Les éléments de Belmadi se sont montrés même incapables de profiter de l’expulsion du capitaine et vétéran des Ecureuils (34 ans), Stefane Sessegnon après 55 minutes de jeu. Encore moins de la fleur de l’arbitre, lequel a offert aux troupes désorganisées de Belmadi, un rab de 10 minutes supplémentaires. La mauvaise qualité des passes au sein de ce groupe se pose en contradiction avec les talents qui le composent. Bizarre ! Comme sont déroutants les changements d’effectifs opérés par le staff en trois jours : trois nouveaux titulaires avaient été annoncés par Belmadi entre Blida et Cotonou, Mandi à la place de Attal, Guedioura pour suppléer Taider et Feghouli contre Benzia. Au final, ce chiffre a rebondi, injectant dans le jardin de Cotonou cinq hommes, soit la moitié d’une équipe. Le défenseur de Lens Mehdi Tahrat, découvert par Guourcuf en 2015 puis lâché par le flop de Madjer, ainsi que l’excellent Rémy Bensebaini, la tour de Babylone de Rennes seront finalement les seuls à se faire remarquer sur l’ensemble des deux rencontres entre l’Algérie, 69ième équipe au classement de la FIFA, et le Bénin, 88ième place dans ce bréviaire.
Curieux quand même, cette propension des responsables techniques à sortir de leur chapeau plusieurs lièvres à la fois, courant le risque de l’inconstance et de s’éloigner d’un projet de jeu. Une fois sorti des cafouillages de Madjer et de ses élucubrations, Belmadi a-t-il déjà façonné ce projet ? Pour l’heure, nous ne le sentons pas. Il est temps pour notre football, ce totem politique qui a entrainé l’actuelle FAF à utiliser 4 entraineurs en 19 mois, en l’occurrence le serbe Rajevac, le belge Georges Leekens, l’espagnol Lucas Alcaraz, l’enfant du terroir Rabah Madjer puis Djamel Belmadi, atteint une autre dimension. Celle de se projeter dans un autre palier, dans un autre « cliquet » comme disent les politiques. En un mot, de ne pas verser dans l’ambition, ce que tous les pays font ? Mais dans l’exigence. C’est le prix pour que l’Algérie du football s’installe enfin dans un fleuve tranquille.

Par Fayçal Haffaf