vendredi , 23 août 2019

...:
L’année tumultueuse du football professionnel

Notre sport roi n’a pas changé, les écarts et les dépassements continus de cette saison tumultueuse le prouvent.

Encore plus, les visages neufs de présidents de clubs, de responsables de ligues et du super patron de la balle ronde, ne sauraient masquer l’archaïsme du professionnalisme et de l’incapacité avérée de ses acteurs à l’édifier. On passera sur les dernières rencontres taxées à tort ou à raison de manipulées, dès lors que 80% des titulaires sont mis en congé. Ces fameux matches de fin d’exercices, se ressemblent et se répètent à chaque baisser de rideau, décident depuis la nuit des temps du titre ou du maintien des clubs concernés et urinent bien sûr sur la morale publique dont on sait que personne n’en a cure. On ne s’attendait guère, non plus, à une évolution des esprits, dont on voit déjà que ces comportements empirent, jusqu’à s’inscrire dans la continuité et la banalité. Mais, on supposait lors de chaque épilogue, que ces matches comiques allaient disparaître. Mais, nous l’espérions vraiment sans conviction, parce qu’en réalité, ces rengaines soixante-huitardes, s’inscrivent dans les pratiques dites de société. Toutes les institutions qui gravitent autour de la sphère football, s’en accommodent tranquillement. Parce qu’il n’y aura jamais de plainte et encore moins de preuve.
Sauf qu’en cette incroyable finale de compétition, totalement fou par les caractéristiques et les enjeux des ultimes rencontres, certains présidents de grosses cylindrées se sont donné en spectacle. Des envolées médiatiques nées de l’apocalypse, sans qu’aucun dirigeant des instances footballistiques ne s’émeuve. Le patron de la JS Kabylie Chérif Mellal, accuse son homologue du CS Constantine, Akram Arama, de ne pas avoir franchement pesé sur le match contre l’USM Alger, ce qui aurait balisé la route du titre à l’équipe algéroise. A la suite de quoi, le sulfureux Mellal essaime de croustillants détails abolis par l’éthique sportive: il révèle que le Directeur Sportif du Champion d’Algérie 2018, lui aurait demandé de motiver financièrement ses joueurs pour éliminer l’USMA du sprint décisif et ouvrir l’un des ponts de l’antique Cirta pour la JSK et la conquête du titre. L’affaire éclabousse le décor. Mellal s’amuse. Il vend la mèche divulguant la somme soit disant exigée: 2,5 milliards de centimes. Akram Arama tempeste, dénonce et décide de déposer plainte. Ses arguments: «Mellal m’a contacté au téléphone à plusieurs reprises, mais j’ai refusé de lui répondre», propos recueillis par le quotidien En Nasr ainsi que par TSA. Dans le même temps, à l’ouest du pays, l’ombre de Santa Cruz s’est avérée insuffisante pour calfeutrer un houleux face à face entre le président démissionnaire du MCO et l’incontournable co fondateur de l’association «La Radieuse». Le Mouloudia d’Oran qui avait in extrémis évité le ravin du purgatoire, était au centre de l’invective. Cette confrontation houleuse a garni quelques manchettes, histoire de démontrer que notre football prend la forme d’un marécage de coups fourrés, de malversations, de revanches. On le sait, les présidents des grands crûs footballistiques, sont toujours mal éclairés, du fait qu’ils n’analysent pas un événement qui les concerne avec un regard de logique. Le spectacle dépasse l’imagination.
 Le feuilleton prend du volume, salit l’univers national du football et s’invite dans la triste fresque de la corruption tous terrains qui macule l’image de l’Algérie de 1,5 million de martyrs. Les frasques qui clôturent ce neuvième épisode du professionnalisme, nous renvoient à une organisation générale de volte-face, de mauvaises surprises permanentes, de désarçonnements. L’indiscipline et la gabegie dans la gestion des finances de l’Etat qui irriguent les clubs censés œuvrer sous le statut de société commerciale refond surface. Sinon, comment par exemple expliquer que le MC Alger engloutit 80 milliards de centimes pour une 6ème place dans le bréviaire de l’élite ? Pourquoi aussi, la filiale la plus prestigieuse du groupe Sonatrach, Hyproc, a retroussé chemin après avoir constaté que le MCO, sans organisation administrative et sans bilan financier ne sera jamais éligible à un sponsoring de haut niveau ? Et sur le plan de la gestion des compétitions, comment justifier qu’un championnat à 16 écuries, s’avère toujours irrespectueux du calendrier, conférant la bizarre sensation que ses responsables traînent un boulet durant toute l’année ? Et puis encore, que penser de cette commission de discipline de la LFP qui sanctionne sévèrement l’équipe espoir de l’USMH pour ne pas s’être déplacée à Skikda pour affronter la JSMS un samedi 4 mai à 12, alors que ce même 4 mai à 17 heures, les réservistes d’EL Harrach disputaient la finale de la coupe d’Algérie de la catégorie au stade Mustapha Tchaker de Blida ? Une finale du reste remportée par l’USMH, avec à la clé un trophée remis par le président Zetchi en personne ?
Bref, dans un football où les comportements de présidents de club Master ne sont pas gratifiants, où l’argent pompé de la trésorerie de l’Etat ne se retrouve pas toujours dans les comptabilités, dans ce football peu créateur de talents de niveau international, où les matches peuvent être arrangés cash ou par amitié, il faut aussi une petite Révolution.
En attendant, le 8 juin prochain, l’occasion se prête pour me rafraichir d’un match impossible à manipuler, le seul: la finale de la coupe d’Algérie entre le CR Belouizdad, 11 fois finaliste – 7 trophées dont le dernier en 2016. Et la JSM Bejaïa, pensionnaire de la Ligue 2 Mobilis, détentrice de cette fameuse coupe en 2009, au dépends du WA Tlemcen. Alors, à bon entendeur…
Par Fayçal Haffaf