mercredi , 21 novembre 2018
<span style='text-decoration: underline;'>Il propose à l’Algérie un dialogue «direct et franc» </span>:<br><span style='color:red;'>L’appel du pied de Mohamed VI</span>

Il propose à l’Algérie un dialogue «direct et franc» :
L’appel du pied de Mohamed VI

Rabat est disposé à tout mettre sur la table: la drogue, la contrebande, les faits historiques non clarifiés, les conventions non respectées… et la question du Sahara occidental. L’Algérie refusera d’aborder ce dossier en dehors des instances de l’Onu.

Le roi du Maroc fait un pas en avant en direction d’une solution concrète à la brouille entre son pays et l’Algérie. Il propose, pour ce faire, un «mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation», une sorte d’instance bipartite permanente missionnée par les gouvernements des deux Etats voisins pour «dépasser les différends».
Le roi n’identifie pas ces différends, et l’on ne sait donc pas si la question du Sahara occidental est dans le panier de Mohamed VI. Ce dernier, qui a choisi la télévision et l’anniversaire de l’invasion du Sahara occidental pour s’exprimer, a réservé la part du lion aux relations algéro-marocaines, les qualifiant d’échapper «à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable». Mohamed VI donne l’impression de se réveiller sur un problème que son père a créé en 1994 en chassant les Algériens manu militari du Maroc après un attentat terroriste sur son sol. Le gel de l’UMA décidé par Hassane II, a tué dans l’œuf l’initiative maghrébine. «Depuis mon accession au trône, j’ai appelé avec sincérité et bonne foi à l’ouverture des frontières (…), à la normalisation des relations maroco-algériennes», a insisté Mohammed VI, tout en omettant de rappeler l’odieux chantage qu’il faisait subir aux quatre autres pays de l’UMA. Faut-il souligner qu’il a toujours conditionné la normalisation avec l’Algérie à la question sahraouie.
Cynisme mise à part, le monarque plaide en faveur d’un «mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation» en précisant que «le niveau de représentation au sein de cette structure, son format, sa nature, (étaient) à convenir d’un commun accord».
Et le roi de vendre la disponibilité de son pays en affirmant que «le Maroc est ouvert à d’éventuelles propositions et initiatives émanant de l’Algérie» pour asseoir les relations entre les deux pays «sur de solides bases de confiance, de solidarité et de bon voisinage» a-t-il ajouté. Une disposition au dialogue sans précédent dans l’histoire du royaume, hormis la parenthèse du Sommet de Zéralda. Mohamed VI pousse plus loin le caractère inédit de sa proposition en évoquant des discussions «sans tabou» sur tous les différends qui empêchent l’établissement de relations normalisées entre son pays et l’Algérie. Rabat est disposé à tout mettre sur la table: la drogue, la contrebande, les faits historiques non clarifiés, les conventions non respectées… et la question du Sahara occidental. L’Algérie refusera d’aborder ce dossier en dehors des instances de l’Onu.
De fait, si le roi accepte d’éviter cette question spécifiquement, les deux parties pourraient avancer et aller jusqu’à identifier les projets de coopération bilatérale «dans des domaines clefs comme la sécurité» et de coordonner les actions sur les questions plus globales comme la migration et le terrorisme, estiment les officiels marocains.
Il convient de rappeler enfin, que l’allocution de Mohamed VI coïncide avec le 60e anniversaire de la conférence de Tanger – qui avait vu les mouvements de libération du Maroc, d’Algérie et de Tunisie se prononcer pour l’unité du Maghreb. Mais cette date historique s’est vue masquer par le 43e anniversaire de la «Marche verte» qui n’est rien d’autre que l’annexion du Sahara occidental.
Cette interconnexion entre les deux événements et la proposition marocaine, interpelle les observateurs et suscite une suspicion légitime de la part des autorités algériennes. Mais le Palais royal assure que la proposition marocaine à l’Algérie n’a rien de tactique. Faut-il le croire ?
Alger: Smaïl Daoudi