jeudi , 20 février 2020

L’atavisme politique des années de plomb

A Oran, comme partout ailleurs, la rue reste surtout agitée par le débat sur l’avenir politique immédiat du pays installé depuis un mois dans une croisée de chemins difficile à décrire et à décrypter. Au café oranais des «mauvaises langues», les commentateurs de l’actualité locale ne dérogeaient pas à la règle, chacun avançant ses hypothèses ou ses certitudes, à travers des «analyses» et des spéculations souvent farfelues. Pour un ancien haut fonctionnaire en retraite, «l’Algérie en a vu d’autres… et se remettra sur pied d’une façon ou d’une autre… avec ou sans changement réel et profond des pratiques de pouvoir tant décriées». Son voisin de table, plus pessimiste, lui rétorquait que «désormais le peuple ne se laissera jamais berner et manipuler par une mafia qui a pris le pays en otage depuis des années». Un peu à l’image du contenu des débats diffusés par des chaines de télé privées, rien de cohérent ni de rassurant n’était avancé au cours de ces discussions ou chacun croit détenir la vérité. Voulant parfois à tout pris l’imposer. Et dans cette cacophonie, beaucoup font l’impasse sur l’état des lieux déstructuré et le fonctionnement de la société locale plutôt forgée sur le recul de la responsabilité citoyenne et le culte de l’égoïsme. « Ce sont tous des voleurs, il faut qu’ils partent…» Ce slogan, parmi les plus prisés, résume bien toutes les aigreurs et les frustrations des citoyens soumis aux aléas d’un quotidien difficile et au manque de perspectives d’épanouissement social, culturel ou même sportif. Mais rares sont ceux qui pointent du doigt et dénoncent toutes les sphères locales censées animer la vie politique et sociale et qui squattent les terrains d’expression pour bien d’autres intérêts. A Oran, peut-être un plus qu’ailleurs, des assemblées locales, des associations, des comités de quartiers, des partis politiques, et bien d’autres structures ou organes chargées de promouvoir la citoyenneté, d’animer la démocratie de proximité, de défendre les intérêts de la collectivité, ou d’assurer le débat sur la nécessaire ouverture à l’alternance au pouvoir et à la sacralisation des libertés, n’ont jamais été capables d’assumer leur mission. A l’image de tout le système bercé par l’autoritarisme et la médiocrité, ils ne fonctionnaient qu’au registre de «l’allégeance au plus fort du moment» et de la course aux avantages et aux privilèges. Certains acteurs locaux, bien connus de la scène, ont changé plusieurs fois d’étiquette politique dans le seul et unique but de pouvoir un jour décrocher un «poste» de sénateur, de député, de maire, ou au moins de membre d’une assemblée locale offrant un strapontin dans les périphéries du pouvoir. Et les voilà, aujourd’hui que leur roi est mort, qui crient eux aussi au changement de système et au triomphe de la démocratie. L’opportunisme et l’hypocrisie n’ont d’égal que l’indécence et l’indignité des pratiques et des comportements d’une foule d’énergumènes inscrits en fervents militants … de l’atavisme politique des années de plomb.

Par S.Benali