jeudi , 21 novembre 2019

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L’autre guerre cachée

En Irak, l’insurrection populaire ne semble pas vouloir s’estomper. La détermination des manifestants n’a d’égal que l’intransigeance du pouvoir, qui ne fait plus de quartier et n’hésite pas à faire face à cette colère en ayant recours à l’utilisation (souvent abusive) des armes. A ce jour, on dénombre déjà la mort de 270 personnes.
Dans d’autres pays, la mort de tant de personnes, en si peu de temps, aurait soulevé bien des peurs et des condamnations. Mais malheureusement dans un pays comme l’Irak, la mort est banalisée depuis bien longtemps. Et pour tout dire, la mort a été banalisée depuis un certain mois de mars de l’année 2003 où les armées de W. Bush junior avaient envahi le pays. Depuis, l’Irak n’a cessé de plonger dans le chaos et l’anarchie et malgré toutes ces années, il n’a pas pu sortir de ses crises multiformes qui se sont compliquées encore et encore avec le temps.
Le pouvoir ou les pouvoirs en ce pays, souvent inféodés à l’Amérique ou à Téhéran ne supportent que très modérément ce mouvement populaire de protestation, surtout que Baghdad vient juste de terminer sa longue guerre contre le terrorisme et l’anéantissement de daech avec l’éclatante victoire dans la terrible bataille de Mossoul. Les pouvoirs publics dans ce pays ne comprennent pas et ne supportent pas, que l’on puisse après ce grand moment de l’histoire du pays, voir que des Irakiens puissent se soulever contre eux et exiger des reformes sociales, économique ou politiques.
Il reste que ce dernier soulèvement a cette particularité d’être mené par les chiites et non les sunnites comme on en a l’habitude dans ce pays depuis la chute du régime de Saddam Hussein. Une première dans un pays qui a fait le choix du communautarisme depuis l’arrivée au pouvoir des élites chiites qui ont toujours pris conseil et appui auprès des Iraniens. Et selon plusieurs analystes, ce soulèvement c’est aussi un refus de la population irakienne de la main mise de l’Iran sur toutes les facettes de la vie en Irak.
Mais il reste qu’au fond, il y a un réel ras le bol contre les conditions de vie de millions d’Irakiens qui n’ont accès à l’eau qu’au compte goutte et qui ne peuvent bénéficier de l’électricité que pendant de rares heures de la journée. Cependant et de manière générale, il se joue sur les terres irakiennes une grande partie du bras de fer entre Washington et Téhéran et les Américains sont bien décidés à réduire l’influence iranienne en Irak mais aussi au Liban où se joue, sur un baril de poudre, l’avenir du pays du cèdre.

Par Abdelmadjid Blidi