lundi , 19 novembre 2018

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Le Bac, une affaire d’Etat

Ils seront plus de 700.000 à se présenter demain, devant les centre d’examens pour passer leur baccalauréat. Plus qu’un simple test d’aptitude ou une clé qui ouvre la porte de l’avenir, cet examen est d’abord une épreuve psychologique pour une majorité d’adolescents qui voit dans le Bac, la ligne de démarcation entre leur état actuel et l’âge adulte. Il est entendu pour la société en général que les détenteurs de ce fameux diplôme sont, de fait, admis au sein de la communauté des Algériens majeurs et déjà potentiellement utiles à leur Nation. Ceux qui échoueront auront sans toute une seconde chance, mais verront la respectabilité que leur devra leur entourage reporté d’une année ou acquise après une entrée effective de la vie active. Les bacheliers, eux, bénéficieront d’une période de «grâce» de quelques années où ils peuvent se considérer comme la crème en devenir de la Nation. Il faut bien préciser à ce propos, que même si l’on a tendance d’année en année, à décrier le niveau des élèves, à relever l’inefficacité des études supérieurs qui débouchent sur une assez longue période de chômage pour certains et à une «fonctionnarisation» très éloignée de la spécialité d’étude, pour d’autres, le Bac reste toujours le clap de fin pour l’adolescence et celui du début pour la vie d’adulte que les centaines de milliers de jeunes filles et de jeunes hommes, s’apprêtent à actionner.
Cela dit, il faut bien se rendre à l’évidence que l’affaire du Bac n’est pas celle des candidats seulement. Il faut aussi y ajouter le million et demi de parents qui stressent autant, si non plus, que leurs progénitures. Pour beaucoup, ils sont déjà passés par là et savent donc l’importance du «sas». Ils voudraient que leurs enfants goûtent aux joies de voir son nom sur la liste des reçus et qu’ils n’aient pas la mauvaise sensation d’avoir laissé passer un «truc» important, comme ils l’avaient certainement ressenti pour nombre d’entre eux. Et pour cause, lorsque les parents d’aujourd’hui passaient le Bac, le taux de réussite dépassait à peine les 20%. C’est dire qu’une bonne majorité avaient vécu le goût amer de la défaite avant celui exquis de la victoire. Ils rêvent donc que leurs enfants n’aient pas à vivre l’échec aux portes de leur vie d’adulte.
L’intérêt du Bac est donc personnel et familial. Mais ce n’est pas seulement à ce double niveau que l’on sent l’importance de cet examen. Et pour cause, à voir les moyens colossaux déployés par les pouvoirs publics, on est amené à reconnaître que le baccalauréat est aussi une affaire d’Etat.

Par Smaïl Daoudi