mardi , 25 septembre 2018

AVANT-PROJET DE LOI DES FINANCES 2019 :
LE BONHEUR CLEFS EN MAINS N’EXISTE PAS

Comme l’économie algérienne ne parvient toujours pas à décoller sans ses puits de pétrole, c’est sans contexte un coup de chance que cet or noir flirte avec les 75 dollars le baril. A l’heure de l’avant projet de la Loi des Finances pour 2019, les experts de la géométrie des prix des hydrocarbures ne pipent mot sur d’éventuels caprices de cette matière première qui a mis à genoux le pays de la quatrième réserve mondiale de pétrole, le Venezuela. Et même si les prévisions de la météo pétrolifère restent incertaines, les géniteurs de la future Loi de Finance ne rivalisent toujours pas d’ingéniosité dans la mise en place d’alternatives durables à la dépendance de l’énergie fossile. Tant que le bon Dieu et la conjoncture favorable des prix de pétrole nous protège, pourquoi pas ?
Notre système économique ne change pas et les prévisions économiques pour 2019 le prouvent. Elles sont architecturées sur un prix du baril de 50 dollars et des exportations du brut équivalentes à 32,2 milliards de dollars, un volume en baisse de 1% comparativement à 2018. Les visages neufs des décideurs politiques et des hauts responsables et des décideurs politiques qui se succèdent aux commandes des secteurs économiques stratégiques ne sauraient masquer cette impression de dépendance au pétrole. Même si, objectivement, ils arrivent avec la conviction de pouvoir dégripper la pachydermique machine qui s’étale derrière la vitrine de notre économie. On passera sur les blocages récurrents des forces opaques du privé dépositaire d’avantages et de protections opaques, comme on comprendre que la perplexité de la situation ne sied pas à l’évolution rapide des recettes économiques et des réserves de change dont on voit déjà leur tendance à la baisse.
Et du reste, le gouvernement d’Ahmed Ouyahia ne s’embourbe pas de maquillage pour dresser une Loi des Finances parfaitement adaptée au terrain et au contexte.
D’emblée, le document qui sera soumis aux deux chambres annonce la couleur : les réserves de change fin 2019 n’excéderont pas les 62 milliards de dollar. Un niveau logique au regard des actions décidées en faveur des équilibres sociaux et du maintien des prix de grande consommation. Avec en prime, l’absence de toute nouvelle taxe pour les carburants, l’électricité, le gaz et l’eau.
Dans cette mouture également, une décision qui n’était pas évidente : le maintien des transferts sociaux. Une vraie pochette surprise pour lesquels 1772,5 milliards de dinars seront mobilisés, en hausse de 8,2% par rapport à 2018, soit une plus value de 12,5 milliards de dinars. On mesurera mieux l’effort de l’Etat en rappelant que ses soutiens financiers en direction des démunis devait être réaménagé en 2019. Le projet de la nouvelle Loi des Finances affiche un retour à 360 degrés : ce soutien aux familles pèsera 445,3 milliards de dinars dont 208,4 milliards exclusivement affectés aux subventions des produits alimentaires de base et dont profiteront encore les milliardaires, les affairistes opportunistes des grands sentiers, les corrompus et bien d’autres profils qui partageront ce soutien aux familles à faible pouvoir d’achats en dénigrant l’Algérie au quotidien.
La révision de cette politique sociale n’interviendrait qu’en 2020, voire en 2021. Pour l’heure, rien que pour la stabilisation des prix du sucre, des farines boulangères, des semoules et des huiles, le soutien bondit de 1 à 2,5 milliards de dinars, de 2018 à 2019.
Les aides à l’habitat, à la santé et à l’éducation sont reconduits, assortis de hausses conséquentes. Ces apports gigantesques grèveront le budget de l’Etat au travers des importations de marchandises qui atteindront la bagatelle de 44 milliards de dollars, un chiffre qui s’affole par rapport à celui de l’année en cours, et qui se projette déjà dans le déficit de la balance commerciale déjà calculée par l’avant projet de la loi des Finances à 10,4 milliards de dollars. Par effet d’entrainement, la balance des paiements en 2019 émargera au rayon du négatif avec un déficit de 17,2 milliards de dollars.
Tous ces indicateurs concordent à imposer cet enseignement qui jaillit des bois, les équilibres budgétaires ne figurent pas au sommet des objectifs déclarés auparavant par l’exécutif. Entre considérations politiques et impératifs d’obligations économiques académiques, la stratégie semble avoir changé.
Le temps d’une année économiquement sabbatique ? A l’évidence, le pari du gouvernement parait jouable.
D’abord parce que le déficit budgétaire se maintiendra à 10%, exactement comme 2018 et n’engendrerait pas de plaies béantes. Ensuite parce que l’Etat n’entend pas abuser dans ses dépenses, notamment dans le registre des biens d’équipements avec une chute de 12%, indice annonciateur de report aux calendes grègues de quelques projets. Et parce qu’enfin, il faut savoir que seul la dévaluation cyclique du dinar contribue et grossit les déficits budgétaires annoncés et répertoriés ci-dessus.
Bref, entre bonnes et mauvaises nouvelles, cet avant projet de Loi des Finances pour 2019 découle d’un numéro d’équilibriste, lequel, plutôt que de vouloir imposer au peuple un bonheur clefs en mains, leur donne le moyen de construire par eux-mêmes. Fût-ce à tâtons.
Par Fayçal Haffaf