dimanche , 24 septembre 2017

...:
Le bourbier Daech, un cancer irréversible ?

Prendre du recul dans une stratégie politique et militaire, signifie ajuster ses plans de bataille et sa manière de réagir en fonction des forces qui vous restent. C’est cette technique qui justifie l’enchaînement inattendu des évènements qui se bousculent dans cette guerre infinie contre Daech. Les récents attentats en Espagne viennent de faire la démonstration cinglante que cette bataille déborde largement de l’Irak et de la Syrie. Elle apostrophe et interpelle les cinq Continents tous et plus que jamais confrontés à une menace imprévisible. L’état islamique se reproduit régulièrement, tels les métastases d’un cancer inattaquable qui n’en finit plus de s’étaler dans un monde constamment pris de cours. Les bourbiers d’Alep, de Raqqa et de Mossoul, ne font que susciter l’espoir de paix chez les familles survivantes des 330.000 morts en Syrie, des deux millions de déplacés depuis 2011. Des chiffres macabres également suspendus dans le ciel de Baghdad, qui font de Daech, ou de ce qu’il en reste, une fierté cynique et dangereuse. Chaque jour qui passe vient inexorablement le rappeler: militairement, Daech n’a pas abdiqué. Et combien même il sera, ce succès ne suffira pas. Il n’y a qu’à tourner nos regards vers la dernière griffe de l’Etat islamique, Barcelone, pour s’en convaincre. «C’est toute l’approche politique dans cette bataille qui doit être chamboulée», confie Raid Fahmi, ancien ministre irakien des Sciences et Technologies. Tels sont désormais les mots d’ordre des parties impliqués dans ces sables mouvants, créés selon le président Poutine «par 40 pays».
Pour les Etats-Unis, il importe d’abord d’achever le monstre, le poursuivre dans toutes ses tanières et l’éradiquer physiquement et idéologiquement. Mardi 23 août courant, le secrétaire américain à la Défense, sans être annoncé, toque à la porte du Premier ministre irakien Haïder Al Abadi. Un geste d’encouragement pour l’armée irakienne déroulant son offensive sur l’ultime bastion de Tal Sfar, dans le nord du pays. Innocent ? L’avenir le démontrera, simplement parce que son détour vers le Kurdistan irakien pour y rencontrer le gouverneur général de la région, officiellement pour le dissuader de reporter le référendum d’indépendance prévu le 25 septembre, pourrait camoufler d’autres intentions en rapport avec les intérêts géostratégiques des USA dans cette région volcanique qui n’a pas fini de livrer ses secrets. Jim Matthis s’était entre temps entretenu avec le président Haïder Al Abadi accompagné de son chef des armées, Arfan Al Hayalil. Pour la façade, Jim Matthis devait superviser le soutien américain dans cette opération de reconquête de Tal Sfar, une bande territoriale dans laquelle se terrent encore quelque 600 combattants de Daech. Des moyens logistiques gigantesques, du gros matériel de génie militaire, des actions de combat aussi, sous la forme d’interventions aériennes avec les hélicoptères «Apaches», ainsi que les fameux canons de 155mm qui avaient dégagé les accès vers Mossoul, comme auparavant dans la bataille de Makhmur.
Ce soutien n’est pas l’apanage de Donald Trump. Du temps de Barak Obama, les Américains consentent une aide conséquente à l’Irak dans sa guerre contre l’EI. L’ancien secrétaire à la Défense Ashton Carter, avait visité par deux fois les quartiers généraux de l’alliance internationale que commande ne l’oublions pas, le général américain John Allen. Le 18 avril 2016, puis le 22 octobre de la même année, Carter présidait depuis Baghdad deux briefings sur l’offensive des forces irakiennes en direction de Mossoul. Il y avait du reste renforcé l’aide américaine aux troupes locales en y maintenant 3870 soldats pour conseiller et entraîner les bataillons irakiens dans la perspective de l’opération Mossoul. Si donc, la présence US dans ce marécage est quasi-permanente comme l’est la Russie en Syrie, c’est que le partage va être chaud entre les Américains, les Turcs, les Kurdes, les sunnites et les chiites représentés par l’Iran, profondément impliqué aussi, particulièrement en Syrie.
Les divergences d’intérêts de toutes ses «troupes» explique que le pays des mollahs, ainsi que le Hezbollah participent aujourd’hui à l’autre four allumé par l’armée du Liban pour chasser les djihadistes des montagnes frontalières avec la Syrie, à l’est du pays des cèdres. Profitant du chaos dans cette zone entre 2014 et 2016, L’EI s’était tranquillement implanté. L’ancien jardin bucolique qui rappelle aux décors et aux saveurs de Baalbek, avait viré en un épouvantable charnier, à partir desquels les hommes de Daech et d’El Nosra cohabitaient et se défiaient. Avec le général Joseph Aoun le patron des armées libanaises, c’est la première fois que Beyrouth s’invite dans ce puzzle inextricable. L’intervention dénommée «Aube de Jouroud», consiste à désinfecter de ses terroristes une poche de 120 km2. Cette contrée de Jouraud Aarsal, hier luxuriante, servait également de repli pour les hommes d’El Nosra et de Daech, un abri qui implose sous les offensives de l’armée conventionnelle du Liban, de la coalition syrienne et notamment du Hezbollah sous les traits d’une armée aguerrie, lançant 10.000 hommes dans cette bataille, extrêmement bien équipée comme l’atteste ses bombardements avec des drones. Des images qui ont semé la panique chez les Israéliens.
Ces péripéties de l’histoire que rien ne laissait prévoir, ne semblent pas se calmer. Même en étant atteint dans toutes ses poches, l’Etat islamique ne donne pas l’impression de rendre l’âme. Bien au contraire, ses lubies de conquérir le monde par la terreur lui inspirent désormais d’internationaliser la terreur, à large relief. Le bourbier enfanté par les Occidentaux et quelques pays arabes, se retourne contre eux.

Par Fayçal Haffaf