jeudi , 12 décembre 2019

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Le cadeau empoisonné d’Erdogan

Retour à l’envoyeur. La Turquie commence à mettre à exécution ses menaces exprimées depuis un certain temps et confirmées lors de son offensive contre les Kurdes en Syrie. Une offensive qui lui a valu plusieurs critiques et qui a passablement énervé le président Erdogan qui décide ainsi de mettre les leaders occidentaux devant leurs responsabilités et surtout face à leur profonde crainte de voir revenir leur «djihadistes du front syrien.
Ankara ne fait pas de distinguo et les soldats de daech qu’ils soient Américains, Britanniques ou Français seront renvoyés chez eux et c’est à leurs pays respectifs de se débrouiller avec. La Turquie signifie ainsi aux « moralisateurs occidentaux » qu’elle n’a plus à supporter leurs lourds fardeaux sur son territoire et qu’elle reste surtout un acteur majeur dans le conflit qui se joue dans cette région du monde.
Les Turcs savent très bien qu’une telle décision fera très mal aux gouvernements en place en Amérique et surtout en Europe. Les débats dans ces pays risquent d’être chauds et même violents et peuvent même à terme fragiliser les leaders de plusieurs pays européens. Certains analystes prédisent même des élections anticipées ici et là, car il est très difficile de faire le consensus autour de ce dossier des djihadistes de daech au sein de ces sociétés, qui déjà voient les mouvements extrémistes prendre de nouveaux galons et de nouveaux succès auprès de leurs opinions publiques.
En France par exemple, le Rassemblement National de Marine le Pen a déjà commencé à faire de cette histoire un autre fond de commerce, et l’un de ses membres dans les envolées populistes connues du parti a appelé à sanctionner la Turquie, estimant que «Le chantage du sultan islamiste M. Erdogan est insupportable. L’Union européenne doit adresser un refus ferme et définitif à la Turquie d’entrer dans l’UE et arrêter de verser des millions et des milliards à la Turquie chaque année». Ils ragent déjà de devoir juger leurs djihadistes en France et louent les mérites de la justice syrienne et irakienne qui auraient simplement condamné à mort ces ex soldats d’el Baghdadi. «Il faudra les juger en France et comme la justice française est profondément laxiste on va avoir des dégâts, car il faut s’attendre à de petites peines comme d’habitude alors que s’ils étaient jugés en Syrie ou en Irak ce serait terminé».
Ainsi en Amérique, en France, en Hollande, en Allemagne et ailleurs, Erdogan vient de faire le cadeau le plus empoisonné qui soit aux dirigeants de ces pays.

Par Abdelmadjid Blidi