vendredi , 19 avril 2019
<span style='text-decoration: underline;'>Gaz cédé «gratuitement» à la France </span>:<br><span style='color:red;'>Le démenti argumenté de Sonatrach</span>

Gaz cédé «gratuitement» à la France :
Le démenti argumenté de Sonatrach

Tout ce remue-ménage médiatique pose un réel souci pour la crédibilité d’une entreprise stratégique. Même après le démenti de M Mazighi, il y a de fortes chances que la cabale, dont on peut deviner le mobile en ces temps de crise politique majeure, continue.

La polémique née sur les réseaux sociaux attestant que l’Algérie donnerait à la France du gaz à titre gracieux a pris une ampleur telle qu’elle a fait réagir, hier, un haut responsable de Sonatrach. Le vice-président des activités de commercialisation de Sonatrach, M. Ahmed El-Hachemi Mazighi, est catégorique : l’Algérie «n’a jamais exporté gratuitement du gaz ou autres produits liquides». Le propos est clair, net et précis. Mais l’interrogation à propos de la folle rumeur demeure entière. Comment expliquer donc que de telles accusations qui n’avaient jamais été formulées par le passé, puissent surgir à ce moment précis et faire le buzz ? En tout cas, pour M Mazighi, «il est impossible d’exporter gratuitement du gaz ou n’importe quel produit liquide (d’hydrocarbures) vers la France ou un autre pays». «J’aimerais rappeler quelques principes en matière d’exportation. Pour qu’une molécule d’hydrocarbures puisse quitter le sol algérien, il faut qu’il y ait une déclaration douanière. La base de cette déclaration est d’avoir un volume mesuré associé à un prix. Sans déclarer le prix et le volume, vous ne pouvez pratiquement rien exporter», explique-t-il. Il dira également qu’ «historiquement, on a assisté à deux exceptions à cette règle: en 2004 où on devait exporter temporairement notre brut vers nos capacités de stockage en Corée. Le brut, dans ce cas, quittait l’Algérie avec une facture temporaire. La deuxième exception concerne le processing du pétrole brut qu’on a entamé en 2018: on transfère le titre de propriété à un client et vous êtes comptable d’un bilan d’importation d’essence et de gasoil par la douane». Et de conclure fermement : «à la question de savoir si le gaz algérien a été exporté gratuitement vers la France, la réponse est non». Le vice-président des activités de commercialisation de
Sonatrach en veut pour preuve que dans le domaine du gaz naturel, pour que les documents contractuels puissent entrer en vigueur, ils doivent être approuvés par les organes sociaux de l’entreprise et par les autorités publiques. «Dans le domaine du gaz naturel, contrairement aux autres produits liquides, les choses sont bien verrouillées. Pensez-vous que les organes sociaux de l’entreprise où les autorités puissent approuver un contrat ou un avenant avec un prix égal à zéro? Ça ne s’est jamais vu», insiste-t-il.
M. Mazighi note également qu’en vertu de la loi 05/07, «il est fait obligation à Sonatrach de reporter mensuellement les prix à l’exportation pour le gaz naturel, le GPL, les produits bruts ou raffinés. S’il y a un quelconque doute en matière de prix, il y a toujours moyen d’auditer Sonatrach à travers les rapports réguliers soumis à l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures», souligne le même responsable.
Concernant les relations de l’Algérie avec le partenaire français en matière de gaz, «il faut d’abord savoir que ce que nous lui exportons est du GNL. Cette relation remonte à 1976. Cela fait l’objet de quatre contrats: trois de ces contrats ont été signés en 1976 et le quatrième a été signé en 1991. Sur les quatre contrats, deux ont expiré en décembre 2013. A l’heure actuelle, il ne reste que deux contrats en vigueur: le premier porte sur l’exportation de 3,5 milliards m3/an jusqu’à 2020, tandis que le second porte sur un volume de 2 milliards m3/an jusqu’à 2020 également», explique-t-il.
Ainsi, «depuis 1976, on a eu quatre contrats avec la France qui ont permis d’exporter, jusqu’à maintenant, 390 milliards de m3 de GNL, soit l’équivalent de 7 sept années d’exportation de gaz» en prenant 2017 comme année de référence, fait-il valoir.
Selon lui, le volume de gaz exporté vers la France représente 10% du portefeuille global des exportations gazières de Sonatrach, ajoutant qu’ «il n’y a pas une seule goutte qui n’a pas fait objet d’indexation au prix du Brent. Tout le gaz a d’abord reflété la valeur du brut».
On aura compris que tout ce remue-ménage médiatique pose un réel souci pour la crédibilité d’une entreprise stratégique. Même après le démenti de M Mazighi, il y a de fortes chances que la cabale, dont on peut deviner le mobile en ces temps de crise politique majeure,continue.
Younes Rahal