jeudi , 19 octobre 2017

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LE DILEMME DE L’EXPLOITATION DU GAZ DE SCHISTE

Il se réinstalle dans l’actualité et prend la stature d’un épouvantail. Mais un épouvantail incompris, voire même entièrement faux. Il ressurgit dans l’exposition médiatique, raffermit l’éternel et incontournable débat sur l’alternative au pétrole, fracture la difficile cohabitation entre le politique et le populaire sur ce thème précis: le recours au gaz de schiste.
Pour des raisons, rendues vitales par la conjoncture, le Premier ministre a récemment évoqué la possibilité d’exploiter cette énergie fossile en Algérie. Il s’agit d’un gaz qui, contrairement au conventionnel, se trouve piégé à l’intérieur de la roche et dont l’extraction compliquée diffère totalement des techniques plus «confortables» et plus faciles du gaz naturel, expliquent les spécialistes.
Le schiste a introduit dans le vocabulaire usuel cette notion de «fracturation hydraulique», qui hante les populations d’In Salah, sans même savoir exactement pourquoi. Cependant, quitte à préciser que cette technique «consiste à fracturer la roche avec un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques projetés à haute pression afin de libérer les hydrocarbures», je ne crois pas que le commun des mortels s’y retrouverait.
A peine si les profanes comprennent que cette nouvelle méthode impacte sur les nappes souterraines. En cause, le manque d’étanchéité des forages. Ce problème a certes considérablement diminué des ambitions et espoirs des premières expériences de fracturation. Mais les récentes techniques d’extraction l’on relégué à la case départ de cette industrie.
Subsistent également les appréhensions sur l’environnement. En 2012, la commission européenne confirmait par une étude que «l’utilisation des produits chimiques dans l’exploitation du gaz de schiste, laisse des empreintes sur l’écologie et l’environnement».
Autant d’arguments pour les anti-gaz de schiste, mais que les politiques et les économistes démontent en démontrant combien les bénéfices du recours à cette énergie pourraient booster les itinéraires du développement de notre pays. Selon les stratèges de l’administration centrale et les concepteurs de Sonatrach, une fois sur orbite, le gaz de schiste augmenterait considérablement le volume de nos ressources financières, et de cause à effets, impactera positivement sur la balance commerciale du pays actuellement chancelante.
L’analyse des grands chantiers gaz de schiste ouverts en Europe et aux Etats Unis prouve effectivement que cette activité est potentiellement créatrice d’emplois. En France, un rapport d’évaluation sur l’exploitation de cette matière dressé en 2012 confirmait que l’intervention de sous traitants dans cette niche créerait des milliers d’emplois locaux sur 25 ans.
Enfin, autre argument béton des pro-gaz de schiste, les influences reconnues de cette source d’énergie sur le climat, réputé nettement plus faible que celles des autres hydrocarbures. «Le bilan climatique du gaz de schiste par rapport à toutes les autres énergies a été prouvé par les climatologues», écrivait déjà en 2012, le magazine français «Environnement». Enfin, jusqu’à ces dernières années, la filière gaz de schiste était présentée comme «monstrueuse sur le plan de la consommation d’eau», rapportait en 2011 le New York Times. Depuis, les études synchronisées par les deux dinosaures américains de l’environnement, le Conseil de Protection des eaux Souterraines, et le Département Américain de l’Energie imposent d’autres visions sur la propreté et la rentabilité du gaz de schiste.
Les référents marquants de ces recherches attestent entre autres, que l’exploitation du schiste consomme 3,5 fois moins d’eau douce que celle du nucléaire, 7 fois moins que pour le traitement du charbon, ce qui ne nous concerne pas. 4 fois moins d’eau douce aussi que le pétrole conventionnel, ainsi que 14 000 fois moins d’eau douce que le… bio diesel, notre premier élément polluant. Par contre et ceci nous interpelle dans notre infinitésimale stratégie de promotion des énergies renouvelables, l’analyse américaine confirme que le gaz de schiste constitue «un parfait complément à ces dernières, tel que l’éolien». Ces énormes machines à vent, génératrices en puissance d’électricité sans besoin d’une seule goutte d’eau, que nous n’avons jamais pu, ou su, installer à grande échelle.
Comme quoi, les techniques évoluent. Et qu’en conséquence, le gouvernement n’aurait pas annoncé par hasard la probabilité de produire du gaz de schiste dans nos gigantesques gisements dormants, estimés à 20.000 milliards de M3. Faut-il donc en profiter, les rentabiliser ? Devrons nous mesurer les risques exprimés par beaucoup d’experts algériens sur les ondes de la radio algérienne en début de semaine, ou abandonner une «démarche aventurière», telle que retraduite par un intervenant connu de la sphère économique nationale ? Décision difficile et courageuse à prendre. Il importe d’abord de tout expliquer aux algériens, d’instaurer un dialogue avec les acteurs scientifiques et économiques compétents, s’armer de toutes le techniques d’exploitation avant de se hasarder. Le monde change, les énergies aussi.

Par Fayçal Haffaf