vendredi , 23 août 2019

:
Le faux argument de la banane

La première décade de l’année 2017 aura été éprouvante pour les consommateurs comme pour les pouvoirs publics. Les rumeurs, les incompréhensions et la spéculation ont été les maîtres du jeu commercial en ce début de janvier. Il faut dire que le chaos ambiant en terme de communication, alourdi par les protestations contre la loi de finances 2017 ont fait écran à toute lecture sereine de la situation socioéconomique du pays. En effet, du jour au lendemain l’Algérien s’est vu pressé par un brouhaha général où l’on ne savait plus quel produit allait augmenter, quand et pourquoi. Les professionnels de l’agitation ont beau chercher un angle de tir pour convaincre les citoyens que leur pays allait à la dérive, ils n’ont rien trouvé. Ils se sont donc rabattus sur le prix du kilogramme de banane et on en fait un fruit essentiel et lui ont même trouvé des effets médicaux.
Les Algériens, un peu sonnés par le chahut fait autour de l’année 2017 et totalement désinformés sur la réalité du terrain, à savoir que la pomme de terre, la carotte, le navet, le poulet et la viande de bœuf, ont gardé leur même niveau de prix, se sont accrochés aux 600 Da le kilo de banane et partant, ont donné quelque crédit aux discours des manipulateurs. Mais, les jours s’égrènent et le père de famille se rend compte qu’il a débuté l’année comme il avait fini la précédente. En somme, le pays, le marché et les dépenses sont restés exactement les mêmes, il suffirait de rayer la banane, seulement la banane de la liste de ses emplettes.
Cela pour dire que l’on peut mentir à une personne tout le temps, à tout le monde un temps, pas à tout le monde toujours. Cet adage a trouvé son application dans les dix jours qui ont pesé lourdement sur le moral des Algériens, jusqu’à les détourner de la Coupe d’Afrique des Nations. Mais il faut bien souligner que si les semeurs de la discorde ont échoué dans leur entreprise, c’est essentiellement parce qu’en amont un travail concret a été fait. L’abondance des fruits et légumes et le soutien des prix des produits de première nécessité, ont été un solide rempart contre les tentatives de déstabilisation.
Mais il y a lieu de souligner, tout de même, qu’il n’y a pas de quoi «sauter au plafond». Les prix affichés sont encore dopés par la spéculation et la multiplication des intermédiaires. Cela pour dire que l’Etat régulateur n’est pas encore totalement présent dans la sphère commerciale. A méditer pour l’avenir.

Par Smaïl Daoudi