mercredi , 11 décembre 2019

Le lamentable état des lieux du paysage urbain

Beaucoup à Oran, sans doute à juste titre, font l’éloge et vantent les mérites et les bienfaits du téléphérique oranais et de son «impact assuré» sur la mobilité et le tourisme. «Il reliera disent-ils, le centre ville au plateau du Murdjadjo et permettra aux citoyens et aux touristes de profiter du panorama et des activités récréatives et culturelles qui seront organisées.». Il est vrai que le transport par télécabines suspendues est l’un des moyens modernes des plus utilisés dans de nombreux endroits et métropoles à travers le monde. Des choix d’investissement qui répondent à des critères précis, d’utilité publique, d’impact touristique, mais aussi de gestion et de rentabilité. A Oran, disent les «mauvaises langues locales», c’est le défunt président Chadli qui, au cours de l’une de ses randonnées, a ordonné la réalisation de ce projet devant relier la place Magenta au sommet du Murdjajo. «Les habitants d’Oran, aurait-il déclaré, n’auront plus à traverser le vieux quartier populaire de Sidi El Houari ni le bidonville des planteurs pour aller prendre l’air frais ou se recueillir au mausolée de Sidi Abdelkader». Il est vrai qu’ils étaient assez nombreux ceux qui, chaque jour férié, aimaient se rendre à la petite Gouba dédiée à Moulay Abdelkader «Moul El Maida» pour déposer quelques pièces de monnaie et recevoir une éventuelle bénédiction. Des gens de divers profils et conditions sociales, qui partageaient cette même envie et pratique ancestrale recommandant de vénérer les «Awliyâa Essalihine» et d’implorer leur aide pour l’accomplissement d’un vœu ou d’un projet. Avec le temps et les changements de conjoncture, les excursions au plateau de Sidi Abdelkader allaient être de moins en moins visibles, tant il devenait difficile et dangereux de se rendre en ces endroits naturels très peu sécurisés. Entre temps, tandis que la violence meurtrière, puis le vandalisme et la destruction allaient occuper ces espaces, ici comme à la Montagne des Lions, à Kristel et dans d’autres splendides endroits du littoral oranais, rien d’intelligent ni d’efficace n’a été entrepris pour répondre efficacement aux objectifs de promotion du tourisme et de la mobilité des citoyens en toute sécurité. De temps à autres, des opérations et des investissements sont annoncés ici et là, laissant croire abusivement à une avancée vers le progrès et la modernité. Mais en réalité, avec un système de gouvernance mafieuse qui a pris en otage tout un Peuple et tout un Pays, Oran et ses environs ne pouvaient que connaitre le déclin et la régression avancée… On peut certes réparer et remettre en service le téléphérique d’Oran et même le moderniser. Mais croire pour cela à la relance du tourisme ou à l’amélioration du secteur des transports, serait faire preuve d’une bien curieuse naïveté… Car ceux qui ont pu «admirer» les quartiers Ederb, Sid El Houari, et les planteurs du haut des cabines du téléphérique «survolant» la zone, auront surtout pu observer le lamentable état des lieux du cadre urbain, où le bidonville et la misère se disputent la place à l’illicite et à la ruralisation avancée…

Par S.Benali