samedi , 4 avril 2020

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Le poids d’une date

Cela fait 49 ans que l’Algérie profite de la rente pétrolière diraient certains. C’est juste. Un jour comme celui d’hier, en 1971, le Président Houari Boumediene annonçait solennellement la nationalisation des Hydrocarbures. C’est-à-dire qu’à partir de ce moment-là, l’Algérie devenait maîtresse de ses richesses énergétiques. Les dirigeants du pays, pensant sans doute bien faire, ont fait de cette immense réserve pétrolière le moyen exclusif pour garantir un mieux être à la société algérienne. En cela, on peut dire qu’à partir de ce jour-là, l’Algérie a presque cessé de penser à autre chose qu’à exploiter son pétrole pour exister. Il eut des plans quinquennaux ambitieux dédiés à l’industrie, à l’agriculture au tourisme, mais avec systématiquement l’arrière-pensée selon laquelle, même si au bout des tentatives de diversification de l’économie, il y a échec, il restera toujours le pétrole. C’est l’esprit même de la rente qui a prévalu près de cinq décennies durant.
Mais faut-il résumer l’acte historique de nationalisation des hydrocarbures à cette simple conséquence ? La réponse est assurément non. L’Algérie ne se résumera jamais à une petite «équation du tube digestif». La nationalisation était le prolongement de l’indépendance du pays acquis au prix d’un million et demi de Martyrs. Il y a lieu aussi de retenir la symbolique de la date fixée pour la nationalisation des hydrocarbures. Le 24 février c’est aussi la date de naissance d’un des plus puissants syndicats que l’humanité ait connu à son époque. En 1965 naissait l’UGTA, qui a été d’un grand apport pour la guerre de libération nationale.
En associant les deux anniversaires, l’Algérie a créé un lien fort entre le travailleur et les richesses de son pays. Un signal fort qui a été bien reçu par toute la société, de sorte que jusqu’à aujourd’hui, les Algériens s’approprient l’histoire de cette énergie en même temps que celle du combat libérateur de leur pays. Ne nous voilons pas la face et disons-le clairement: il aurait pu en être autrement. Dans pas mal d’autres Nations, il n’y a pas cette relation quasi-filiale entre la société et ses richesses nationales.
Cet état de fait a créé une sorte d’ «accoutumance» et amené les Algériens à négliger l’effort en se contentant de consommer seulement. Mais c’est là une conséquence certes négative, mais en comparaison au sentiment d’appartenance à la Nation et la volonté de le défendre coûte que coûte, la rente est un phénomène passager que les Algériens ont déjà résolu dans leurs esprits, à partir du 22 février 2019.
Par Nabil.G