jeudi , 21 novembre 2019

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LE QATAR: les liaisons épidermiques avec le sport

Tout comme dans les manœuvres insidieuses des «maîtres» de ce monde de s’approprier les richesses naturelles de pays tiers, le sport contribue à la lente dérive des plaques géopolitiques et diplomatiques. Depuis Hitler et le retour des Etats dans le sport de performance, celui-ci s’impose comme un baromètre politique. Le Qatar en est un exemple.
Cette petite rose surgit du désert, émerge parmi les puissances reines de la planète grâce aux  hydrocarbures de son sol et de son espace maritime, de sa démarche gagnante dans son industrialisation du gaz naturel liquide et du…..sport, résolument exploité pour s’affirmer au diapason politique, comme une science de succès. Avec cette arme, le Qatar se comporte comme si tout lui est dû: il n’existe plus d’événement sportif planétaire ou régional que ce pays désire abriter et qui ne lui est pas attribué. Ce nouveau matador devenu incontournable, refuserait toute arène secondaire, toute race de taureau inférieure. Et c’est ainsi que ce pays qui construit en ce moment un stade à 38 milliards de dollars, en plein centre-ville, plus une seconde arène transportable, s’est vu accorder par l’honorable Confédération Africaine de Football l’organisation de la Super Coupe d’Afrique des clubs prévue début 2020. Un remake de la précédente édition déjà domiciliée au Qatar en février 2019 et remportée par le Raja de Casablanca aux dépens de l’ES Tunis.
 Sauf que pour la prochaine battue, le Zamalek du Caire, l’actuel détenteur du trophée, a décidé de boycotter ce match apothéose, s’il reste maintenu à Doha. Le président du Zamalek, Mansour Mortada, demeure formel: «je n’enverrai pas mon équipe au Qatar, devrais-je me retrouver relégué en division inférieure» annonce le boss du prestigieux club des bords du Nil. Un vrai coup de corne inattendu pour Ahmed Ahmed le théâtral patron de la CAF. Dans cette affaire scabreuse, Ahmed n’a pas retenu ou ne connaissait simplement pas les fondamentaux politiques de cette finale continentale. Totalement apolitique ou lunatique, l’inexpérimenté Ahmed a bien évidemment négligé les tensions politiques diverses et la rupture diplomatique qui prévalent entre l’Egypte et le Qatar depuis 3 ans. Ce fin roublard, maladroit chef d’orchestre du temple africain de la balle ronde, ne pouvait pas ignorer qu’en 2017, Mortada Mansour avait retiré le Zamalek, alors championne d’Afrique de handball, de la Coupe du monde des clubs, parce qu’elle avait posé son chapiteau à Doha. Bien sûr, le Zamalek sera remplacé par le finaliste 2019, la Renaissance de Berkane du Maroc. Un autre raccourci qui démontre qu’en termes d’organisation de compétitions internationales, c’est la logique d’utilisation du sport au service du prestige, ainsi que du fric, qui prime.
Le Qatar n’est pas simplement le patron du PSG, dans ces deux versants football et handball. Ce riche émirat gazier, continue à investir dans toutes les scènes sportives de grande envergure, celles qui génèrent de l’image et du capital. Il s’est doté d’une locomotive sportive et médias. Cet ex-protectorat britannique s’érige aujourd’hui comme l’un des  leaders mondiaux de l’hôtellerie de luxe, deuxième actionnaire du groupe Accor-Hôtels, régulièrement membre des tours de tables de Total, Vinci, Veolia, Vivendi en plus de détenir les magasins de Printemps. Son incommensurable matelas financier qui ne l’empêche pas de payer des ouvriers en moyenne 250 euros par mois lui ouvre les portails de n’importe quelle manifestation sportive mondiale, de la plus chère à la plus folle. Les championnats du monde de handball 2015 y ont posé sa caravane, le mondial de l’athlétisme vient de s’«achever, même si les concurrents ont subi des ‘coups de chauffe à plus de 30 degrés avec un taux d’humidité de 80°. Et surtout, le Qatar accueillera l’événement le plus populaire, le plus spectaculaire et le plus médiatisé de toute la planète, après la triste polémique qui a sali son attribution. Le Qatar avait promis 12 nouveaux stades dans un rayon de 30 km, des «fans zones climatisés à 27°, puis proposé dès le lendemain d’organiser le tournoi en hiver…
«Il se pourrait que nous ayons fait une erreur», avait reconnu l’ex et trouble Président de la FIFA, Sepp Blatter. Dans ce dossier, le Suisse avait constamment ménagé le chou et la chèvre. L’utilisation du sport pour s’enrichir et pour servir la politique ne prend même plus de gants. A l’image de Nicholas Sarkozy qui n’a pas été le seul chef d’Etat européen à demander à son représentant-Platini en l’occurrence- de voter pour le Qatar.
Le monde du sport et surtout du ballon rond, n’échappe pas au rituel. Alors le Qatar qui monopolise les compétitions internationales dont de plus en plus d’africaines, c’est presque du réchauffé. En attendant la fin de l’ère du gigantisme politique et de la corruption.
Par Fayçal Haffaf