lundi , 21 octobre 2019

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Le réchauffement climatique : La grande honte de l’humanité

Le réchauffement climatique serait-il un leurre ? Lorsqu’on voit comment Donald Trump qui a promis de «réserver plus d’attention à la verdure», ou Jair Bolsonaro qui rappelle que l’Amazonie calcinée «n’est pas un patrimoine mondial», ou encore Wang Yi, le chef de la diplomatie chinoise promet de diminuer les émanations des gaz à effets de serre, on se range derrière les «climato sceptiques». Les deux premiers se sont limités à de brèves apparitions dans cette rencontre de New York, faute d’informations sérieuses à divulguer. Mais la Chine qui dévore du charbon et émet deux fois plus de gaz à effets de serre que les Etats-Unis, a occupé le pupitre. Un autre fidèle inénarrable du charbon, l’indien Narendra Modi s’est exprimé, mais sans aucune allusion au charbon que le pays du Taj Mahal envoie goulûment dans l’atmosphère.
 Depuis l’historique COP21 de Paris 2015 et le ralliement de toutes les grandes puissances nucléaires et industrielles autour de l’urgence climatique, les scientifiques se heurtent à des politiques foncièrement têtus et obstinés quant au brasier qui guette la planète Terre.
En initiant le Sommet de l’ONU sur le Climat le 23 septembre écoulé, Antonio uterres paraissait convaincu de rallier les maîtres du monde à la décarbonisation du globe. Si avec les résultats mitigés de ce conclave, le Secrétaire Général de l’ONU n’est pas déçu, il aura compris que les énormes enjeux économiques et politiques qui pèsent sur nos têtes, ne permettront aucun compromis. Quitte à céder le terrain au feu par impuissance, telle que l’a vécu récemment l’Amazonie. Comme quoi, le décor d’un ratage avait été planté.
Déjà, lors de la COP24 de Katowice en 2018, entre les pollueurs riches et les vulnérables, le fossé s’était approfondi. L’opération de l’ONU n’aura donc valu que par des interventions creuses, à travers lesquelles les présidents des Etats-Unis et du Brésil, réglaient verbalement des comptes avec quelques homologues, tandis que le représentant de la Chine jouait au bel indifférent. Le contexte n’aura jamais été aussi défavorable à la cause climatique. Ni financements, ni règles de transparence pour éviter le pire, mais beaucoup de controverses pour analyser la situation alarmante des Océans, pour poser un regard compatissant sur les ressources hydriques complètement volatilisées de l’Afrique, pour contenir les gigantesques incendies qui s’enchaînent dans toute la Planète, pour comprendre pourquoi 3 milliards d’oiseaux ont disparu de l’Amérique du Nord depuis 1970, illustration désespérante de la transformation de la biodiversité. Ou encore anticiper sur les conséquences irréelles et dramatiques de la fonte des banquises de glace, des icebergs ainsi que la calcination des poumons verts du globe.
La situation n’est plus contrôlable. A l’ONU cette semaine, hormis ceux de l’Afrique et des Nations asséchées par le sous-développement, les 60 chefs d’Etats n’ont exprimé aucune compassion ou émotion envers les pays les plus démunis et les plus fragiles au réchauffement rampant du climat. Pourtant, les 15 sites les plus menacés par ce phénomène qui progresse inexorablement selon les experts, se trouvent en Afrique. Se pose ici un réel problème de justice climatique. L’édition 2016 de la COP avait débattu de cette «injustice climatique», mais c’était bien parce qu’elle se déroulait à Marrakech, à l’écart d’une tribune occidentale. Nonobstant cette première et dernière référence à notre Continent, il faut savoir que sur le terrain, les changements climatiques commencent à sévir en Afrique. Les périls qui la caressent déjà, devraient dorénavant conduire les ordonnateurs concernés à libérer les budgets et les financements prévus par la COP21 de 2015 à Paris. La philosophie de cette mesure courageuse participait de l’idée à mener les populations africaines à trouver à leurs propres solutions pour résister à la carbonisation et à la déforestation du continent.
Sinon, au plan général, aucune annonce spectaculaire n’est venue relancer l’espoir d’un comportement unanime, inconditionnel ou irréversible à l’égard des pollutions et des quantités astronomiques de poisons envoyées dans les airs. Antonio Guterres propose de taxer le carbone, ce qui fait sourire les pollueurs parce que l’ONU ne dispose d’aucun pouvoir sur les Etats. Dans la foulée, il insiste pour cesser la construction des centrales à charbon sachant que les opérateurs concernés se trancheront dans la sourde oreille.
Bref, la lancinante revendication des scientifiques, à savoir ne plus éjecter du carbone, demeure toujours une coquille vide. Et même si de nombreux états s’engagent aujourd’hui à réduire grandement les reflux de cette matière extrêmement nocive et basculer sur le «carbone neutre», ce sommet de l’ONU a baissé rideaux avec un goût d’inachevé, presque d’indifférence polie. Il n’a pu se démarquer de toutes les conférences internationales sur la pollution.
 Cette question du réchauffement de la terre est une de ces grandes hontes de l’humanité.

Par Fayçal Haffaf